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Archive for the ‘Concerts’ Category

« Faire tout avec rien » pour que la beauté ne fasse pas faillite

In Concerts on July 31, 2013 at 11:38 pm
"La chorale du Buëch" par Didier Odieu

“La chorale du Buëch” par Didier Odieu: bel ensemble!

Non, « faire ensemble par-delà les cultures » n’appartient pas à une quelconque utopie. Malgré la perte des ¾ de ses subventions, FestiFaï, festival de chanson hors-format et d’art en pleine nature- est parvenu même cette année à faire jaillir de rien le tout, à saisir la beauté d’un instant, à faire jaillir des bulles de son bouillonnement. Dépourvu de sa résidence de création, «l’âme du festival » qui offrait toutes les conditions nécessaires à la réinvention, au renouveau, autrement dit à la création ; FestiFaï s’est pourtant trouvé d’autres voix, celles de la « passion et la solidarité », celle d’une « céleste bidouille qui fait pétiller l’œil de l’enfant ».

« Faire ensemble », c’est p…as si simple !

 C’est sur ces mots prononcés par François Pecqueur, qu’a débutée la soirée de clôture de l’édition 2013 du festival, ce samedi 27 dernier au sein du Théâtre de verdure du Faï gradins de pierre et d’herbe, étoiles jouant avec les projecteurs, eau bleue pour seule scénographie de ce co-plateau. Et un challenge : « Je n’ai jamais joué dans de telles conditions, converse Olivier l’Hôte en anglais avec l’un des jeunes volontaires du lieu, dans cette contrainte de temps, sans mes musiciens…les musiciens ont dû répéter 25 chansons que pour la plupart ils ne connaissent pas ». En dix heures de temps, catapultés dans un lieu quelque peu détonnant (La Ferme du Faï, lieu d’accueil de chantiers internationaux), les artistes ont dû composer une scénographie ensemble constituée d’un choix de textes de chacun des chanteurs, exercice qui semble demander  plus que des qualités de musicien : « il fallait un « dictateur », quelqu’un qui puisse prendre des décisions rapidement”, commente Jonathan Mathis, arrivé le samedi midi banjolélé sous la main et lunettes de soleil sur le nez (jusque-là rien de plus normal !), tout à fait détendu mais efficace !

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Didier Odieu, Olivier l’Hôte, Philippe Séranne, Vanina Michel

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Jonathan Mathis, Philippe Séranne et Olivier l’Hôte

Jonathan Mathis et Mickaël Paquier

Jonathan Mathis et Mickaël Paquier

« It’s all about the text »

Le ton oscille sur le thème de la (festi)faillite, ce qui n’empêche la rage de rire, de sourire, d’envoyer tout valser sauf rêve et élan: « j’ai envie de danser aussi » s’écrie ma jeune voisine lorsqu’une sirène – Monica Cofiño, danseuse espagnole – entre dans l’eau bleutée accordée à la voix d’Olivier l’Hôte. Le vent feuillette les partitions.  Pascal Mathieu, nous susurre des poèmes d’amour saignants à souhait, tout crus et croustillants. Didier Odieu, beaucoup plus digeste et non moins savoureux avec un Philippe Séranne très engagé orchestrent tour à tour le show. Vanina Michel, enfin, « déclare l’état de bonheur permanent ». Les textes retentissent : « je ne sais pas si c’est le cas pour toute la chanson française, mais ici, au FestiFaï, c’est au niveau du texte que tout se joue » perçoit Sniedze, venue de Lettonie pour la résidence Land Art du festival. Mais on ne laisse pas l’histoire sans rythme : Jonathan Mathis, dionysos des instruments bizarres et (presque) inusités et Mickaël Paquier, l’Apollinaire de la percu, font vibrer l’espace à ciel ouvert jouant de l’écho de la falaise comme d’un instrumentiste supplémentaire (celle-là au moins, elle râle pas quand on ne la paye pas!).

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Une Festiréussite ?

Et si le public se fait plus discret – une centaine d’entrée -, ce sont surtout des échanges que s’est enrichi FestiFaï, permis notamment par l’organisation pour la première fois cette année d’ateliers et de stage, ainsi que d’un fonctionnement participatif global : point de tour d’ivoire dans ce petit lieu perché à 1000m d’altitude, tout le monde y fait sa vaisselle. Ainsi ne consomme-t-on ici que la bière et le jus de poire : culture revenue à son état naturel pour quelques jours, l’art s’y nourrit de rencontres. On y croise Didier Odieu discutant avec un volontaire long-terme, certains des plasticiens jouant de la musique avec des bénévoles,…Je rencontre quant à moi un spectateur venu des Amériques pour découvrir la France, qui m’explique que : « dans le Michigan, les fermes ne ressemblent pas vraiment à celle-ci». On veut bien le croire…Seuls les techniciens ne sont pas encore revenus de leur rangement, mais on cause déjà d’eux dans leur dos : « Le son et la scène étaient vraiment bien foutu » (Sertunç, plasticien).

Olivier l'Hôte se marrant, en spectateur

Olivier l’Hôte en spectateur, l’eau bleue-tungstène pour décor

Alors au diable le chiffre d’entrée, on envoie tout valser  – « alors on danse » comme chante Didier Odieu pendant que le public débarque sur la scène (sur des paroles d’un collègue belge que vous aurait surement reconnu)…mais en toute conscience : on sait bien que la rencontre ne naît pas seulement d’amour et d’eau fraîche…

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Et l’orgue de barde a ri ~ par notre experte en musicologie

In Concerts, Mise en bouche on July 29, 2013 at 6:21 pm
Deux barbus à biceps attelés à leurs machines à faire danser les cours de châteaux

Deux barbus à biceps attelés à leurs machines à faire danser les cours de châteaux

Un nouveau concept est arrivé au FestiFaï cette année : l’after à l’orgue de Barbarie ! Il faut dire que c’est l’instrument idéal pour faire chanter et enchanter l’assistance, qui plus est si Séranne et ses acolytes illuminés lui ont préalablement ravie les oreilles.
Rassurez-vous chers lecteurs, il ne s’agit pas d’un instrument de torture mais bien d’un instrument de musique qui, malgré les apparences, est beaucoup plus compliqué qu’il n’y paraît. L’orguiste (et pas l’orgasme, je vous vois venir avec vos idées mal placées) doit être de préférence barbu et avoir des biceps d’acier (indispensable !). C’est qu’il faut la tourner la manivelle pendant toutes ces chansons ! Le mouvement de rotation effectué par le barbu permet non seulement de dérouler le papier à musique mais également d’activer une soufflerie. Et lorsque l’air ainsi créé vient se loger dans les trous de papier, cela induit un phénomène de dépression qui va lui-même soulever une soupape, laissant l’air s’échapper par un biseau. Et la note est jouée ! L’audience n’a plus qu’à s’égosiller gaiement sur des chansons française de tout poil ou à se lancer dans une valse endiablée entre deux verres de jus de pomme. C’est ce qu’on appelle une soirée réussie !

[par Marie Calvet]

Festin de fous à Montmaur: « On était plein d’amour, il nous a glacé le cœur ! »

In Concerts on July 29, 2013 at 8:28 am

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Comment, entends-je s’offusquer dans les rangs, mais qu’est-ce donc que ces journalistes qui n’ouvrent pas leurs mirettes et déplument l’information et l’émotion? HOrS-foRmAt étant d’humeur joueuse aujourd’hui, eh bien il s’amuse. Ainsi avons-nous choisi comme titre la réaction de ma voisine (dont le pied a battu la mesure de bout en bout et frénétiquement sur le sol lustré du château) à l’annonce pré-concert du « Châtelain » – qui fut plus aride que riante en effet-…

Prémisses du banquet: dans les Hautes-Alpes on aime la vie de château!

Prémisses du banquet: dans les Hautes-Alpes on aime la vie de château!

Gilbert Gandil: saisissante guitare

Gilbert Gandil: saisissante guitare

« C’était excellent, la salle était chauffée à bloc, tout l’monde était scotché »

On espère d’ailleurs que personne n’est tombé malade du brusque changement de température qui opéra soudainement à l’arrivée de vibrations orchestrées par Serge Folie et Mickaël Paquier – le tout nouveau batteur cachant des cris sauvages sous son veston de velours…

« On s’est trouvé avec Mickaël, on a la même respiration. Quand on démarre un cycle on est toujours à la fin du cycle ensemble. On est donc prêts à repartir sans se regarder, et ça c’est super. »  (Serge Folie)

 

 

Mickaël Paquier: le rythme est dans le toucher

Mickaël Paquier: le rythme est dans le toucher

« On s’est régalé » : ne jamais parler la bouche pleine

Et pour le reste, en fait, Hf aimerait bien ne rien dire. Il a l’impression que ce n’est que bavardage, bavardage incessant, des mots qui ne servent à rien, qui se greffent à la beauté de l’instant comme les énormes perles colliés au cou de la spectatrice qui regarde le tout d’un air hautement silencieux, deux rangs derrière. Et on aimerait bien prendre des photos de ces ombres entre les mains joueuses de Jean-Michel Pillone, mais on ose pas : on a pas l’temps, on a le cœur qui bat.

En fait Hf va tout de même dire un mot, un seul : mouvement. Mouvement, avec un grand « aime ». Mouvement du corps de l’âme de tout. Mouvement: I was moved by the performance. Comme quoi, l’anglais même pour parler de chanson française, ça peut être parfois utile : le mouvement chez nos voisins d’Outre-Manche, il n’est pas que physique, il est également ’é-motion.

Ensuite je n’ai plus rien à dire. Tout ce qu’il y a à dire revient à ce mot. Mieux vaut taire alors. Mieux vaut taire (ou traire selon Monica qui vend ses ticket de la Grande Loteria  en toutes circonstances.)

Monica: insaisissable

Monica: insaisissable 

Mouvement ! Toucher de peau, le rythme effleuré.

Mouvement ! Jouissance de vibrations des mots du son.

Mouvement !

Mouvement ! Visage brossé à la couleur.

Mouvement ! Le rouge de sa robe, envolé.

Mouvement !

Mouvement ! Achever sur les voix d’un public qui semble du même coup s’applaudir!

Et se mouvant enfin vers la sortie, ce sont deux ogres – orgues pardon – de Barbarie qui nous accueillent : irrigués au jus, l’ivresse des pommes des Hauteuh zalpes du Sud (encore elles) fait chanter et danser convives jusqu’à pas d’heure…

« Le temps, le temps n’est pas dans le cadran mais dans ton cœur qui bat »

 

 

 

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Séranne avant/après :

« Ce n’est plus Philippe tout seul, il y a aussi un piano, un batteur, un guitariste…ça met en valeur ses chansons. Et puis il y a une mise en scène pensée, des choses simples mais qui fonctionnent, comme l’utilisation de l’allée centrale. Et ses chansons.. j’ai trouvé qu’il y avait un bon équilibre entre ambiances intimistes et ambiances punchy. » (Luc)

« Je connaissais la version Philippe tout seul et là j’ai découvert un tout nouveau Philippe. Il y a des trucs que j’ai beaucoup aimé, d’autres moins, bon je en sais pas si je suis très objective… mais on sent qu’entre le texte et la musique il y a vraiment des choses qui sont en train de se tisser ». (Marie F.)

« Alors là les gars, chapeau ! Franchement c’est bluffant. J’avais vu Philippe au spectacle tout seul avec Pierre Henri, et là ça prend tout de suite une autre dimension. C’est extrêmement riche…piano, percus…c’est exceptionnel ! (spectateur inconnu et conquis)

Toute l'équipe: Johan au dessin, Serge au piano, Mickaël aux percus, Gilbert aux guitare...et Séranne !

Toute l’équipe: Johan au dessin, Serge au piano, Mickaël aux percus, Gilbert aux guitare…et Séranne !

Et il n’ y a pas qu’HOrS-foRmAt qui le pense:

“Vibration profonde, voyage entre rêve et réalité. Nous étions quatre et nous avons suivi ”le Fou”. Merci pour cette soirée magique avec Séranne & cie. […] Nous sommes tellement heureux que ce FestiFaï existe, tout près de nous.” Chantal

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Francesca, volontaire long terme, à la déco avec Lionel, Christi, Eva et Agnès

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Edition spéciale: un cannibale sévit dans les Hautes-Alpes

In Concerts on July 26, 2013 at 1:33 am
Ca balance: 1, 2, 3 violette à bicyclette pouet pouet...excellent!

Ca balance: 1, 2, 3 violette à bicyclette pouet pouet…excellent!

Les concerts défilent et ne se ressemblent pas : on n’aurait pu trouver plus grand contraste que Didier Odieu après une soirée pleine d’élan menée par Jean-Luc Schwartz, lumineux, lors de l’inauguration… Odieu, « chanteur dépressif et sinistre » collaborant de son plein gré à « une morosité générale savamment entretenue par nos autorités» tel qu’il se plaisante, nous entraîne dans un tout autre registre chansonnier. L’ancien rock-punkeur écartèle en effet, démembre, coupe dans la masse à la tronçonneuse de sa voix de garage raclant toute l’ignominie de l’humain lambda qu’il nous présente sans cloche sur un plateau, du show-business, société de consommation et de compétition à nos amours, tout y passe et ce n’est pas sans douleur! La chanson française elle-même passe à la moulinette du grand méchant Didier pour qui celle-ci s’enracine à l’origine dans une joyeuse tradition du sordide, quand elle n’est pas tout simplement carrément absurde (écouter Michel Delpèch ou tout autre chanteur de variété pour s’en convaincre)…

« Fouill[ant] la beauté des poubelles », ordures qui composent selon lui une bonne partie du chaos de notre monde actuel – émeutes à la consommation aux States, bébés congelés ou autres chiens humanivores, des faits divers qu’il me détaille un à un en pleine digestion –, Didier ne chante pas vraiment, je dirais plutôt qu’il contraste, accolant dans son Minimix de la chanson française « Que je t’aime » à « c’est la danse des canards », déblatérant des paroles ignobles sur une mélodie des plus harmonieuses, inachevant ses chansons façon disque rayé.

Mais il faut croire que la soupe qui passe dans nos oreilles et nos mirettes via nos charmants medias nous a quelque peu ramollit les viscères car finalement ce n’est pas si loin d’une bonne petite épopée : « Roland sent bien que sa mort est proche:/ sa cervelle sort par les oreilles. » fredonne-t-on dans La Chanson de Roland

« Gainsbourg industriel, Chamfort traumatisé ou Brel destroy ? Didier Odieu est surtout Odieu «  l’avions-nous décrit…erreur fatale : Didier Odieu est tout ça à la fois jusqu’à ne plus en savoir qui il est lui-même, la preuve:

« tout ma vie j’ai rêvé d’être une hôtesse de l’air »

L’Odieu personnage – oui, il personnage et pas qu’un seul, ç’en est presque effrayant de voir débarquer sur scène sous la même apparence tant de monde, « un mec au piano tout seul pendant une heure, c’est chiant » confesse le coupable. Un Dr Jekyll et Mr Hyde tentaculaire !

Alors certes, les uns trouvent ça indigeste quand d‘autres se délectent, mais on ne niera pas que cela est pour le moins consistant !

A tous bon appétit. Amen (et n’oubliez pas votre prière avant le repas)…

 

Tout est possible, c’est certain

In Concerts, Entre-vues on July 24, 2013 at 2:58 pm
Souffles [photo Gorkem]

Souffles: Jean-Luc Schwartz et Monica Cofiño après la pluie [photo Gorkem, international volunteer]

Même chanter sous la pluie…

19h, heure de l’inauguration, et c’est le ciel tout entier qui bénit FestiFaï. Il a fallu que les pluies tropicales journalières des Hautes-Alpes viennent s’amuser ricocher à la surface du plan d’eau de Veynes et des parapluies, qui s’ouvrent du coup comme plantes alourdies de rosée au matin. Derrière le subjectif de l’appareil photo d’Hf, on dirait presque une pluie d’étoiles (ou un pare-brise mal nettoyé, c’est selon).

L’incertitude prend à la gorge convives en maillot de bain et surtout collectif d’orga (nisation, pour vous ôter tout doute !) : attendre ou ne pas attendre…Un pian’eau droit au Café du Peuple, c’est tout de même visuellement et auditivement moins excitant qu’un piano flottant…Mais il y a dans le ciel, un amas sombre, réserve remplie prête à nous arroser à nouveau.

Après tergiversations et allers retours entres organisateurs et artistes, Aline –coordinatrice du tout- tue Hamlet dans l’œuf d’une décision bien placée… « J’arrive devant un Jean-Luc Schwartz, grand sourire, ruisselant et tremblotant, lui explique qu’on a le choix de le faire sur le rivage sans aucune sono, et sans hésiter il répond « on y va ! », racontera Philippe Séranne après coup.

« Séranne Séranne, ne vois-tu rien venir ? » déclame donc enfin Jean-Luc Schwartz –capitaine de la soirée- : et soudain la voici la fameuse bête, mise à flots par Voël Martin, « un individu bizarre qui ne tient pas en place » et s’avance vers le rivage où sont déjà revenus les quelques spectateurs aventuriers. Monica accueille d’une danse endiablée les derniers réfugiés qui défilent, sortant des eaux façon Boticelli : ce n’est plus la Vénus mais David, Abdullah, Yoann…Les membres de l’équipe technique ont passé la journée à préparer la sonorisation et assister les répétitions sous le soleil veynois et ses veynards, maintenant bien au large se réchauffant à la lueur réconfortante d’une bière ou deux…

Abdullah sorti des eaux!

Abdullah sorti des eaux!

Quand un des plasticiens s'improvise danseur emporté dans l'élan Monica

Quand un des plasticiens s’improvise danseur emporté dans l’élan Monica

 

Et Patrick Reboud, tel « un viking à bord de [son] drakkar » inaugure cette nouvelle scène, rappelant de tous ses doigts les réfugiés du Bar.

Je veux voir la mer/Faire de la mousse dans ma bière/ Pétarader mon pédalo/ Et recouvrir de sel ta peau  (JL Schwartz)

Et Jean-Luc Schwartz poursuit, des mots qui claquent de sa voix, rebondissent sur nos peaux.

Je vais parler du sel de la terre, de la lumière des astres, de la fulgurance des sentiments, de la beauté des choses, je vais parler de la vie de la vie et du chant, de la vie et de la force de nos poumons et de l’air qui nous emporte, nos chants sont les poumons de la vie, à la vie !

Et Monica, pied qui fouette l’eau, harmonie toute en accents avec le piano.

Et Séranne, à nu littéralement, clin d’œil au trio –Séranne-Schwartz-Seunevel- qui fit naître il y a cinq ans les ferments de FestiFaï…

…deux voix complices s’éloignant petit à petit du rivage: « Nos vies sont des bulles d’air/ Des bulles flottant dans l’air/ Des chants énamourés, du vent… »

Premier concert qui a failli partir à vau l’eau, le voilà improbablement saisi à la volée par la poésie de l’instant : “It was really funny and really different” (Maria). Et demeurant, cette « image du piano qui part, très poétique” : voilà, au FestiFaï, « pourquoi on fait les choses ».

Côté public

Côté public [photo Gorkem]

"Je veux voir la mer" Jean-Luc Schwartz et Philippe  Séranne [photo Les Rives du Lac]

Côté scène: “Je veux voir la mer” [photo Les Rives du Lac]

Et hop Hf attrape Jean-Luc Schwartz au détour d’un bol de crackers et d’une bolée de kir offerts par le Camping et le Bar du Plan d’eau…

Hf : Est-ce que c’est la première fois que tu joues sur piano flottant, quel effet ça fait de jouer sur un tel instrument?

J-L Schwartz : Ah oui, le piano flottant c’est la première fois, c’était vraiment incroyable. Je trouve cet endroit formidable, cette idée extraordinaire, donc oui bien sûr c’est la première fois.

Hf : Et finalement le texte que tu as dit au tout début, on avait l’impression qu’il était fait pour cette météo capricieuse…

Oui ça collait, enfin c’était surtout quelque chose que j’avais envie de dire, quelque chose que je m’étais mis dans la tête, mais où j’improvise sur un thème. Et après j’ai été un peu saisi par les évènements, donc ça a été tiré par ce qu’on venait de vivre.

Hf : Tes chansons ont quelque chose de très sensuel. J’ai vu que tu avais participé à un projet avec de la danse. Est-ce que c’est de là que te vient ce côté très charnel ?

Non, je pense que j’ai envie de faire de la danse parce que ça m’intéressait plutôt dans l’autre sens. C’est parce que le travail sur la voix, c’est toujours un travail sur le corps. Je suis donc convaincu que le chant est quelque chose qui remplit, qui fait mettre le corps en ébullition et qui demande de faire un travail sur le corps aussi de toutes façons. On ne peut pas chanter sans faire ce boulot-là. Du coup j’ai envie de danser même si je ne sais pas danser. Et je fais un boulot avec une danseuse que j’adore parce que j’ai envie de danser et je sens que c’est le même chemin.

Hf : En parlant de danse, comment s’est passée la cohabitation/collaboration sur le pian’eau flottant avec Monica ? Est-ce que ta musique a influé sur sa danse et vice-versa ?

Je ne connaissais pas Monica, elle ne me connaissait pas non plus. Et Philippe [Séranne, chanteur à FestiFaï] avait envie de nous brancher ensemble, et moi ça m’intéresse beaucoup de faire des choses comme ça au flair et à la rencontre et visiblement Monica est comme ça aussi, très spontanée. On savait que ça allait fonctionner donc on a répété pas beaucoup ! Et d’ailleurs elle est là, tu peux lui poser la même question en anglais !

Hf: How did you feel the performance with Jean-Luc Schwartz on the piano?

Monica: How I felt it? In English or Spanish? [rires] It was good. We met today, maybe he said the same, but there was something in the song that when I first listened it, it became very quick, so I just had the confidence it was going to work, because you hear it and you see…we had two or three rehearsals, but I kept listening for the piano on this little space. It was more improvisation what I could do in the space and with the water feeling also. So something for my feet was coming from the water sensation and with my hands I worked with the piano’s music notes.

Sourires [photo Suzanne G.]

Sourires [photo Suzanne G.]

Prélude baptisé au brut

In Concerts, Mise en bouche on July 21, 2013 at 12:49 pm
Florian et Gaspard aux guitares, Alisa à la voix dans la Menuiserie du Faï

Florian et Gaspard aux guitares, Alisa à la voix dans la Menuiserie du Faï [photo Suzanne Gignoux]

Deux lampes hallogènes, des chaises d’écoles et la nuit qui s’invite par les ouvertures de la Menuiserie du Faï. Installés devant le piano droit et la verticalité des murs, Gaspard Panfiloff, Alisa Ignateva et Florian Vella. Le rectangle de lumière qui se détache de la nuit tombée rentre maintenant par courants d’airs et désaccorde les guitares : c’est une double première pour le lieu comme pour les musiciens. Mais ils n’ont pas l’air de trop se formaliser des murs nus, bruts de la Menuiserie, les trois balladeurs, qui, pris en stop par leurs propres spectateurs trois heures avant le concert célèbrent pourtant aussi ce soir le première de leur formation à trois !

Jouant ensemble ce samedi 20 juillet pour la première fois, Gaspard, Alisa et Florian n’ont pas l’air non plus de trop s’inquiéter de l’enchaînement de la soirée, confiant avoir répété simplement « quatre jours avant » : « on s’était déjà croisé une fois, mais on n’avait jamais vraiment travaillé ensemble. J’ai pas mal travaillé de mon côté avec Gaspard et lui a beaucoup travaillé avec Alisa. On a collé les morceaux », plaisante Florian.

Et en effet, ça manque parfois de liant entre les trois, mais il y a l’écoute entre eux, l’écoute par le regard, les regards de la main, de la main d’Alisa qui raconte mains sur les hanches ou de sa main qui suit les mouvements de la voix, de la main qui se jouent des instruments : « à la balalaïka on joue beaucoup avec le pouce, c’est une position assez naturelle et par rapport à la guitare, cela donne beaucoup plus de liberté. Du coup, quand je joue de la guitare, je joue énormément avec le pouce, ça permet de faire plein de trucs », explique Gaspard, dont le pouce ne possède visiblement pas que des dons d’auto-stoppeur!

 “La Balalaïka” par Gaspard

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C’est un instrument à 3 cordes (deux mi et un la), et qui possède pourtant une richesse sonore incroyable. On peut jouer soit avec le pouce sur les deux cordes de mi, pour ne faire que deux notes, deux voix : l’une est la mélodie, l’autre accompagne. Ou bien, on peut garder trois notes lorsqu’on joue avec le pouce.

 Il y a six tailles différentes de balalaïka. Il y a celle-là qui est la prima, ce sont les plus courantes, elle est souvent la soliste. Il y en a une plus petite la piccolo, et ensuite la secunda, l’alto, basse et contrebasse.

Il y a des orchestres entièrement composés de balalaïkas, parfois jusqu’à 80 musiciens. Ça a été très développé en Russie, dans tous les conservatoires il y a de la balalaïka et il y a des gens qui écrivent pour cet instrument. Ici ce n’est pas très connu mais les gens aiment beaucoup.

Hf: j’ai l’impression que ça ressemble beaucoup à la mandoline que vous avez mentionnée lors de la tarentelle que tu as interprétée à la balalaïka faute de mandoline en question…

Au niveau du timbre, la mandoline se joue avec un médiator, alors que la balalaïka ne se joue qu’avec les doigts. Il y a plein de techniques qu’on peut réaliser avec les doigts et on peut vraiment faire plein de sortes de timbre, de sons différents. Il y a énormément de nuances. C’est ce que les gens disent – moi je répète ce qu’ils disent parce que je ne sais pas si je suis encore très objectif là-dessus-, mais il y a plein de gens qui sont étonnés de la multitude de sons qu’on peut produire, les différences et tout ce qu’on peut faire avec. Par rapport à la mandoline je trouve qu’il y a un son plus constant. Sur la mandoline les cordes sont toutes métalliques et elles sont toutes doublées (4 cordes qui en font 8).

Hf: d’où vient du coup la richesse de timbres s’il n’y a que trois cordes ?

 Ça vient de comment c’est foutu et comment on joue. Et parce qu’il y a des mecs un peu géniaux et dingues à la fois qui se sont penchés sur le sujet. Au début c’était un instrument assez rudimentaire ; maintenant, ça fait à peu près une centaine d’année que ça a été modernisé et amélioré. Le premier qui a fait ça a trouvé ça génial, il a travaillé avec des luthiers et a joué partout dans le monde. Depuis, c’est enseigné dans tous les conservatoires en Russie. Tous les instruments traditionnels y sont beaucoup développés : il y a l’accordéon russe aussi – le bayan. Il y a plein d’autres instruments traditionnels même si la balalaïka reste l’instrument russe par excellence.

Hf: mais pour revenir aux possibilités qu’offre l’instrument, on pourrait très bien imaginer une recherche similaire sur la guitare par exemple ?

Je joue des deux, et je sais que la balalaïka, ça a quand même un son et un effet sur les gens que n’a pas la guitare. J’ai pu vraiment le constater ! Déjà parce que c’est peut-être un peu exotique mais pas seulement, il y a aussi le son. J’ai fait des concerts avec uniquement des instrumentaux de balalaïka, avec des spectateurs qui ne sont pas forcément amateurs et qui n’écoutent pas forcément de musique et qui restent captivés pendant 2h à écouter uniquement de la musique instrumentale pas évidente à écouter parce que justement c’est un instrument avec lequel on peut faire plein de trucs différents, qui offre une grande liberté.

La connection Alisa- Gaspard

Circulation des énergies: Alisa et Gaspard

Et de la liberté, il y en a, et surtout du mouvement. On est assis et mus à la fois, on aimerait presque sauter de notre chaise, se mettre à danser la tarentelle ou le tango, mais il y a quelque chose de captivant dans le rythme des doigts qui frottent les cordes, et les accents de la voix :  le chant d’Alisa, c’est la flamme d’une bougie dans une chaumière qui lutte contre la rudesse de l’hiver, la flamme d’une bougie qui tinte les verres des rires d’une taverne, la flamme tortuée de la passion et bien souvent de la passion amoureuse: « In all folk music, it’s all the same stories, about love, poor people who work hard everyday,….We chose to sing these songs because each of them is a story and has been sung for a long time by many different people, it has a lot of emotion inside. […] I feel that all musicians draw from folksongs first, then they make their own. Florian, who sings Napolitan songs has his grandparents who live in Sicilia, and I said to him “teach me, tell me about these people, what they do, how they live and what are their problems. I must know what people give to this music, I need to know the story.

Si l’on sent qu’il y a quelque chose de mouvant justement pour les italiens du public venus en force ce soir à l’écoute de chansons de Florian, la matière dans laquelle puisent les chansons qu’ils interprètent « parlent » autant à l’allemand qu’au hongrois ou au français : « When I’m singing Russian songs without translation, everybody feels something ».

Quelqu’un parle de sa mère. Un Allemand de toute évidence. […] Comme une jeune fille qui tresse des fleurs ; songeuse, elle essaye fleur après fleur, sans savoir ce que l’ensemble sera. Ainsi lie-t-il ses mots. Plaisir ? Douleur ? Tous sont suspendus. Et celui qui, dans la bande, ne connaît pas l’allemand, le comprend soudain, sent quelques mots: « Un soir…étais petit.. »[…] Car ce que l’un raconte, ils l’ont eux aussi vécu et de la même manière. Comme s’il n’existait qu’une mère…[…] On se tait à nouveau mais la lumière des mots leur reste.

Le lai de l’amour et de la mort, R.M.Rilke [trad. AA et VM]

 

Cette matière, qui remonte aux traditions orales du Moyen Age (au moins !) c’est quelque chose qui “se perd beaucoup aujourd’hui“, nous répond Florian lorsqu’on le questionne à propos du choix de ce type de musique, tantôt reléguée à la poussière d’armoires craquelées, tantôt prises en otages par l’habit national (« folk » désignant le peuple) : « il y en a qui ne sont même plus jouées en Russie, elles disparaissent et du coup…C’est intéressant. Ce qui importe vraiment pour nous, c’est d’avoir capté l’âme de la musique, ses subtilités. Une fois que c’est ancré, c’est quelque chose qui me touche et que je comprends un petit peu, qu’on comprend tous. Ensuite, on essaye d’en faire d’autres choses, avec des influences du type jazz ou d’autres genres de musique qu’on écoute ». En effet, Gaspard taquinant non seulement son instrument mais aussi sa chanteuse, lui emprunte subrepticement son Ipod pour interpréter un chant tzigane qui en devient tout de suite des plus captivants…(et vous qui pensiez bêtement qu’un Iphone servait à photographier, écouter de la musique, surfer sur internet, et… ah oui téléphoner !)

Alisa, Gaspard et Florian semblent bien décidé à faire circuler et voyager cette matière musicale traditionnelle, une musique abrupte mais généreuse, fragile et puissante à la fois, une musique nomade, forgeant ses propres sentiers d’un pays à l’autre sans se soucier des frontières.

[Ils partent d’ailleurs dès demain relier les refuges des massifs des Ecrins et de l’Oisans, pour les suivre c’est par ici!]

 

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“I’ve no more words” (Ser, David et Silvia, membres du public apparemment conquis! ) [photo Suzanne Gignoux]

 Maria de Buenos Aires, tango argentin pour la première fois porté sur scène en 1968 par Horacio Ferrer et Astor Piazolla, ici interprété par Gaspard Panfiloff, Alisa Ignateva et Florian Vella dans la Menuiserie du Faï.

Viscérébralement hors-format: la critique d’Echos 2013

In Concerts on June 30, 2013 at 11:14 pm

un son organique

Ce n’est pas un son agréable. Raclements, frottements, grincements. C’est un son organique, il ratisse nos viscères, il s’insinue dans nos membres, vicieux, par vagues. Contemplatif, angoissant, lancinant, mélancolique… il y a des bruits qu’on ne reconnaît plus, l’élongation d’une matière sonore qui nous mange les oreilles répercuté dans un fracas métallique, quelque chose qui plane et qui enveloppe toute surface. Et quelque soit le qualificatif le mieux adapté à l’expression de votre expérience, l’imagination. Déployée. Répercutée.

immergés, vagues d'herbes et de son

immergés, vagues d’herbes et de son

L’ambiance est posée. Pause. Et.

L’écho.

Il y a des corps dans l’herbe. Evanouis de son. Il y a la falaise. Il reste la falaise. Le son de la rivière. Puis la rivière. La rivière. Erre. Air. Ere. Nouvellement texturée. On respire à un autre rythme.

Son ou sang qui pulse.

Tamagawa: lancinant

Tamagawa: lancinant