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Autopsie collective: what is “Chanson Française” exactly?

In Entre-vues on August 1, 2013 at 12:10 am

Que le premier qui répond Edith Piaf…

FestiFaï, festival d’art et de chanson française en pleine nature/ Le Faï : lieu d’accueil de chantiers internationaux, où l’on ne sait parfois plus quelle langue employer…Certains trouveront peut-être étrange d’avoir inventé un festival de chanson française – ou francophone- dans un lieu on ne peut plus international que le Faï, mais à vrai dire, est-ce vraiment contradictoire ?

 

Quelle drôle de question, comme dirait François (encore lui le bougre !) 

 

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Au Café-chanson du vendredi 26 juillet

SNIEDZE, Lettonie – Grundtvig, propos recueilli presque sous la douche

We were at one of the concert, and there was a song which one girl was translating to me. I understood that the French songs are really really different from other songs, because they have really strong backgrounds and the story in it: you can listen the piano of course it’s beautiful, but the main thing is in the words. That’s what I have noticed and understood about French songs: they are like stories of life, it’s not just one simple story who’s like old time’s saying again and again, it’s like continuing while the song is going forward. […] It’s more deeper, the talk is more deeper, the background and how maybe they have been written or who is written it. Because here, the songs at the Faï, there are concentrated on backgrounds. I don’t know if it’s like all France, but mainly here, it’s all about the text.

 

SUZ’, France- en mission spéciale au Faï

Ben tout bêtement, c’est de la chanson avec des paroles en français, parce que c’est tellement large, ça peut regrouper tellement de trucs… Tout de suite, tu penses à…enfin moi je pense à Edith Piaf, les grands classiques, et…je vois aussi beaucoup de merde je dois l’avouer ! Et en même temps t’as des textes, des artistes comme on en rencontre au Faï : des textes plus recherchés, plus de blagues, parfois un peu plus axés sur la musique par exemple avec Philippe Séranne, un peu plus rock. Mais je ne sais pas, ça regroupe trop de choses… C’est un phénomène mystérieux !

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Jérôme

LUC, France- chargé de l’accueil du Faï et de beaucoup d’autres choses, attrapé au vol une bassine de linge sous l’bras, un verre à jeter dans l’autre

… la chanson française…C’est très varié… J’ai découvert à FestiFaï des artistes qui écrivaient leurs propres textes. On en connait des artistes qui sont réputés, du Brassens du Brel, mais là ça a permis de m’ouvrir l’esprit sur des personnes qui font un peu la même chose, mais à un niveau peut-être plus local. Après, j’aurais tendance à y inclure aussi d’autres groupes comme Tryo ou Les Ogres de Barback qui ont beau avoir des univers différents, ou peut-être qui utilisent les instruments de manière différente avec un côté peut-être plus festif pour certains, pour moi ça reste aussi de la chanson française. La chanson française, il y a du texte avec du sens, de la poésie, du rythme, des rimes. En fait ça doit être dans le contenu, ça a du sens, les gens peuvent aussi l’utiliser pour exprimer des idées, des idéaux qu’ils ont envie de partager. Et ce sont des gens qui réfléchissent à leurs textes. Mais finalement, j’aurais tendance même peut-être à inclure des artistes de slam ou de rap, je suis sûr qu’il y en a certains qui ont un texte intéressant que j’inclurais comme chanson française, à mon sens. Même si cela a été divisé en différentes sections, pour moi ça en fait partie aussi.

 

Didier et Pascal, Belgique et France- chanteurs, sirotant leur café dans l’ombre de la salle à manger

Didier : C’est une grande question existentielle… Je suis bien en peine de répondre à une question pareille, je n’en sais rien du tout.

Pascal : Il y a le titre d’une chanson de Sarcloret qui pourrait répondre à ça, qui s’intitule « joli foutoir »…

Didier : je dirais…un étrange prétexte culturel…un besoin de cloisonnement culturel assez inquiétant. Je n’veux pas que tout l’monde fasse du Rihanna mais c’est chiant de cataloguer les musiques, c’est complétement con quoi. Donc voilà, chanson française : prétexte. […]En tous cas je ne voudrais pas être catalogué chanson française, ou catalogué tout court, ça m’rappelle les camps.

 

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Suzanne et Sniedze

FRANCOIS, Marseille (en France, sisi)  – en pleine activité mystérieuse dans les bureaux du Faï

On ne devrait pas se poser la question, c’est ça ma réponse. C’est comme si on disait « qu’est-ce que vous pensez de la musique française » : c’est tellement varié, c’est plutôt quelque chose qui existe, qui a une fonction, et qui bouge… qui a été, qui est, qui sera différente, donc c’est…je sais pas…c’est tout ce que j’ai trouvé pour échapper à la question, c’est un peu juste j’le r’connais mais je ferai mieux la prochaine fois [c’est noté nyeknyek !].

 

RISTO, Finlande – Gruntdvig au petit-déj

I’m sorry but I don’t really get what is your question.

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Philippe et ?

MARIE, France – experte en musicologie et barbus à biceps, attendant le début de son stage de chant avec une autre Marie

C’est, je pense, le texte, le côté engagé français, tu vois. Ailleurs il y a beaucoup de chansons traditionnelles qu’il y a aussi en France, avec des textes anciens ou alors sinon l’espèce de pop qu’il y a un peu de partout, qui est l’influence américaine, mais il y a peu ce côté vraiment « écrire le texte et faire une musique qui accompagne le texte », plutôt que de faire une musique et ensuite quelques paroles un peu bateau derrière : écrire le texte, une poésie qu’on va mettre en musique, j’ai l’impression que c’est vraiment typique de la France. Il y a beaucoup de nouvelle scène française qu’il n’y a pas vraiment ailleurs où l’on reprend plutôt des chants traditionnels.

 

Polyphonambuliste au patronyme inconnu, France- attablée à l’ombre d’un tilleul

La chanson française elle date un peu. C’est surtout Brassens pour moi. […] J’aime beaucoup les textes, quand il y a des beaux textes. J’ai écouté par exemple le dernier disque de Maxime Leforestier. J’aime bien faire des découvertes aussi : j’ai découvert Cali, il y a un moment maintenant. […] La chanson française, maintenant, je l’écoute peut-être plutôt par mes petits-enfants qui retrouvent des textes comme Nino Ferrer… je connais surement des chanteurs contemporains mais là je n’ai pas de noms en tête.

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Ela et David

VANINA, France – chanteuse, en route pour une séance de travail musicale

Olala vaste sujet la chanson française…qu’est-ce qu’elle était, qu’est-ce qu’elle est, qu’est-ce qu’elle va devenir… la chanson francophone, voilà, c’est faire passer notre culture, que ce soit celle d’aujourd’hui, celle d’hier. Pour moi la musique n’a pas de frontières non plus. Alors c’est vrai qu’on met un peu des étiquettes : « chanson française », autrefois on appelait ça la « chanson rive gauche », ça évolue. Toutes les musiques se mélangent, elles peuvent très bien mettre des mots en français sur des musiques qui vont du swing au blues au rock, et moi j’essaye de casser les frontières aussi entre les genres. C’est parce que on nous enferme un petit peu comme si c’était un vieux truc, comme si on lui disait « allez dégage ! ». Et ici on a le paysage aussi, qui est extraordinaire et qui nous pousse à essayer d’être à la hauteur de ces montagnes, de faire quelque chose de beau quoi. Petite citation de Prévert : « Beauté souvent j’emploie ton nom et je travaille à ta publicité, Beauté je ne suis pas le patron je suis ton employé. » On est là ce soir pour essayer de partager des moments de beauté.

 

NADIA, France – fidèle du FestiFaï, entre deux coups de balai…

Gainsbourg. Hf : C’est tout, c’est ton dernier mot ?. Attends j’vais réfléchir…au r’voir Agnès ! Et entre deux autres coups de balai : c’est la culture, les émotions !

 

Pascal Mathieu et Didier Odieu

Pascal Mathieu et Didier Odieu

DANIELA, Allemagne – membre du Land Art « Grundtvig », assise au soleil, attendant que les autres membres du G. émergent de leur longue nuit

I really like that French people sing so much in French, which is pretty new in Germany, I think. I don’t understand the lyrics at all, but it always sounds beautiful because French sounds for me really nice, and I really like, yesterday, that so many people were brave to sing. It was a wonderful evening, I could get a part of the lyrics and laugh a bit, but at the end I just enjoyed the music. Whereas in Germany it’s mainly the music made for these elderly people, Volksmusik, with swinging together… but in the last years it came some modern groups who start singing in German, but it is still new. My imagination is that French people like to sing in their own language, and in Germany, people always try to sing in English because it sounds more modern or whatever…

 

FRANCESCA, Italie- volontaire long terme, les mains dans la pâte à pizza

C’est quelque chose d’assez…sérieux, dans le sens où il y a de la réflexion derrière. Après ça peut être drôle, des textes un peu absurdes dès fois, mais il y aura quand même du sens derrière. Et je trouve que la musique est plutôt simple : même si la « partition », la musique utilise plusieurs choses, il n’y a pas l’harmonie qu’il y a dans d’autres types de musiques où il y a plusieurs instruments tous ensemble qui vont former vraiment le cadre, je trouve que la chanson française c’est vraiment le texte ou la voix. Au château de Montmaur pour le concert de Philippe Séranne, à mon avis, – bon je ne connais pas trop la chanson française-, mais j’ai eu l’impression que c’était moins de cela : si tu isolais Philippe c’était de la chanson française mais avec les instruments tout autour c’était une autre chose, c’était super, vraiment vraiment beau. Mais après je pense que tous les genres peuvent se mélanger entre eux, du coup, il y a une évolution, un mélange avec d’autres genres.

 

Jonathan

Jonathan

JÉRÔME, France – artiste et guide du G. en train d’entamer une bolée de cornflakes monumentale

La chanson française…je sais pas, j’aime autant être surpris par ce que je trouve ici parce que franchement j’n’ai pas d’idées sur la chanson française, non aucune idée, à part ici, j’en écoute jamais en fait c’est aussi simple !

 

CLARA, République Tchèque – membre du Grundtvig au détour d’un chemin (celui de la cuisine probablement)

I like how every one of you like to sing, a lot of people wanted to take part yesterday in the concert. I feel that you, French people, love music, it’s some part of you, it’s normal to share it with the others. It’s not like in the Balkans, everybody sings with big enthusiasm, it’s something more quiet but still.

 

Géraldine

Géraldine

EVA, Corée-volontaire internationale, coupant des tomates pour le déjeuner

Actually before I came here, I knew few French songs like “Champs-Elysées”, it’s quite famous around the world, so I thought “chanson” is more like really slow and something like a thin voice [chante façon Carla bruni très aigu: “aaah champs élysées”], something like this, almost like classical music. I thought it’s kind of boring, it’s more like classical, it’s not funny it’s not quick. But after I went here, I listened to a lot of chansons and I thought I had wrong opinion before, because the first concert [of the festival] for example I couldn’t understand at all but it was humorous and the songs were not just slow and sad songs, it was quite quick and people laughing, they could sing all together. I love some songs that everyone can sing together, in a harmony. And yesterday, I sang a Korean song because chanson it’s kind of special in France, and I  wanted to show something special in Corea like not pop, rock or something all around the world, that kind of music that is special in Corea and that I wanted to show and share with everyone.

 

OLIVIER, France – chanteur, fumant une clope alors qu’il devrait être en répét’ le vilain

La chanson, c’est quoi la chanson ? pourquoi, t’as deux ou trois heures là ? [rires]

 

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 [un micro-trottoir sans trottoirs inspiré par Francesca]

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Détournement de pianos: le coupable pris sur le fait

In Entre-vues on July 24, 2013 at 3:44 pm

Alors que Hf se trouve en plein reportage à l’Auberge de la Tour, la voilà qui tombe brutalement sur Voël Martin, café à la main, supervisant de loin les techniciens affairés…

 

Comment t’es venue l’idée de détourner des pianos et de les mettre dans des situations pas possibles ?

Je faisais du piano chez moi, et j’avais le vieux piano de mes parents qui traînait dans un garage. Un jour, je l’ai amené à Aix en Provence et on a commencé à faire la manche dessus, j’ai donc appris les techniques pour déplacer un piano droit. Puis on a voulu passer sur un piano à queue, on l’a mis dans la rue…alors c’est compliqué à transporter un piano à queue : il faut le basculer, le mettre sur un chariot, il faut enlever les pieds et la lyre [ici : ce qui tient les pédales], puis il faut le rebasculer, remettre les pieds, remettre la lyre. Et là, on nous a directement demandé de nous déplacer : les forces de l’ordre nous ont dit que ce n’était pas possible de jouer à cet endroit avec ce fameux piano à queue. On était donc 10 à le porter et à le déplacer de 100 mètres pour jouer tranquillement. Du coup, on a essayé de trouver des solutions plus simples pour le déplacer : on l’a mis sur roues. Puis ensuite on a voulu faire des concerts dans les arbres, puis sur l’eau. A chaque fois, c’est parce que l’on trouvait des lieux incroyables qui nous plaisaient énormément.

Hf : Donc cette idée est plutôt née à partir des lieux que vous avez rencontrés ?

Oui à partir des lieux, mais aussi à partir de cette idée de sortir de la salle de concert où viennent uniquement des “gens de bonne famille”, pour les mettre dans des lieux où tout le monde passe et où tout le monde a envie de jouer sur ce piano.

Hf : Et vous avez encore des idées de détournement de piano ?

L’année prochaine on va jouer au fond d’une piscine avec un piano. Et on prépare aussi un piano qui fait des massages, chaque note étant reliée à une petite boule qui masse. En principe ça ne sera que massage de crâne mais selon la musique jouée, cela fera un massage particulier..

Hf: Intéressant…J’ai hâte!

[propos recueillis par HOrS-foRmAt appréciant fort la vie de château de l’auberge]

Tout est possible, c’est certain

In Concerts, Entre-vues on July 24, 2013 at 2:58 pm
Souffles [photo Gorkem]

Souffles: Jean-Luc Schwartz et Monica Cofiño après la pluie [photo Gorkem, international volunteer]

Même chanter sous la pluie…

19h, heure de l’inauguration, et c’est le ciel tout entier qui bénit FestiFaï. Il a fallu que les pluies tropicales journalières des Hautes-Alpes viennent s’amuser ricocher à la surface du plan d’eau de Veynes et des parapluies, qui s’ouvrent du coup comme plantes alourdies de rosée au matin. Derrière le subjectif de l’appareil photo d’Hf, on dirait presque une pluie d’étoiles (ou un pare-brise mal nettoyé, c’est selon).

L’incertitude prend à la gorge convives en maillot de bain et surtout collectif d’orga (nisation, pour vous ôter tout doute !) : attendre ou ne pas attendre…Un pian’eau droit au Café du Peuple, c’est tout de même visuellement et auditivement moins excitant qu’un piano flottant…Mais il y a dans le ciel, un amas sombre, réserve remplie prête à nous arroser à nouveau.

Après tergiversations et allers retours entres organisateurs et artistes, Aline –coordinatrice du tout- tue Hamlet dans l’œuf d’une décision bien placée… « J’arrive devant un Jean-Luc Schwartz, grand sourire, ruisselant et tremblotant, lui explique qu’on a le choix de le faire sur le rivage sans aucune sono, et sans hésiter il répond « on y va ! », racontera Philippe Séranne après coup.

« Séranne Séranne, ne vois-tu rien venir ? » déclame donc enfin Jean-Luc Schwartz –capitaine de la soirée- : et soudain la voici la fameuse bête, mise à flots par Voël Martin, « un individu bizarre qui ne tient pas en place » et s’avance vers le rivage où sont déjà revenus les quelques spectateurs aventuriers. Monica accueille d’une danse endiablée les derniers réfugiés qui défilent, sortant des eaux façon Boticelli : ce n’est plus la Vénus mais David, Abdullah, Yoann…Les membres de l’équipe technique ont passé la journée à préparer la sonorisation et assister les répétitions sous le soleil veynois et ses veynards, maintenant bien au large se réchauffant à la lueur réconfortante d’une bière ou deux…

Abdullah sorti des eaux!

Abdullah sorti des eaux!

Quand un des plasticiens s'improvise danseur emporté dans l'élan Monica

Quand un des plasticiens s’improvise danseur emporté dans l’élan Monica

 

Et Patrick Reboud, tel « un viking à bord de [son] drakkar » inaugure cette nouvelle scène, rappelant de tous ses doigts les réfugiés du Bar.

Je veux voir la mer/Faire de la mousse dans ma bière/ Pétarader mon pédalo/ Et recouvrir de sel ta peau  (JL Schwartz)

Et Jean-Luc Schwartz poursuit, des mots qui claquent de sa voix, rebondissent sur nos peaux.

Je vais parler du sel de la terre, de la lumière des astres, de la fulgurance des sentiments, de la beauté des choses, je vais parler de la vie de la vie et du chant, de la vie et de la force de nos poumons et de l’air qui nous emporte, nos chants sont les poumons de la vie, à la vie !

Et Monica, pied qui fouette l’eau, harmonie toute en accents avec le piano.

Et Séranne, à nu littéralement, clin d’œil au trio –Séranne-Schwartz-Seunevel- qui fit naître il y a cinq ans les ferments de FestiFaï…

…deux voix complices s’éloignant petit à petit du rivage: « Nos vies sont des bulles d’air/ Des bulles flottant dans l’air/ Des chants énamourés, du vent… »

Premier concert qui a failli partir à vau l’eau, le voilà improbablement saisi à la volée par la poésie de l’instant : “It was really funny and really different” (Maria). Et demeurant, cette « image du piano qui part, très poétique” : voilà, au FestiFaï, « pourquoi on fait les choses ».

Côté public

Côté public [photo Gorkem]

"Je veux voir la mer" Jean-Luc Schwartz et Philippe  Séranne [photo Les Rives du Lac]

Côté scène: “Je veux voir la mer” [photo Les Rives du Lac]

Et hop Hf attrape Jean-Luc Schwartz au détour d’un bol de crackers et d’une bolée de kir offerts par le Camping et le Bar du Plan d’eau…

Hf : Est-ce que c’est la première fois que tu joues sur piano flottant, quel effet ça fait de jouer sur un tel instrument?

J-L Schwartz : Ah oui, le piano flottant c’est la première fois, c’était vraiment incroyable. Je trouve cet endroit formidable, cette idée extraordinaire, donc oui bien sûr c’est la première fois.

Hf : Et finalement le texte que tu as dit au tout début, on avait l’impression qu’il était fait pour cette météo capricieuse…

Oui ça collait, enfin c’était surtout quelque chose que j’avais envie de dire, quelque chose que je m’étais mis dans la tête, mais où j’improvise sur un thème. Et après j’ai été un peu saisi par les évènements, donc ça a été tiré par ce qu’on venait de vivre.

Hf : Tes chansons ont quelque chose de très sensuel. J’ai vu que tu avais participé à un projet avec de la danse. Est-ce que c’est de là que te vient ce côté très charnel ?

Non, je pense que j’ai envie de faire de la danse parce que ça m’intéressait plutôt dans l’autre sens. C’est parce que le travail sur la voix, c’est toujours un travail sur le corps. Je suis donc convaincu que le chant est quelque chose qui remplit, qui fait mettre le corps en ébullition et qui demande de faire un travail sur le corps aussi de toutes façons. On ne peut pas chanter sans faire ce boulot-là. Du coup j’ai envie de danser même si je ne sais pas danser. Et je fais un boulot avec une danseuse que j’adore parce que j’ai envie de danser et je sens que c’est le même chemin.

Hf : En parlant de danse, comment s’est passée la cohabitation/collaboration sur le pian’eau flottant avec Monica ? Est-ce que ta musique a influé sur sa danse et vice-versa ?

Je ne connaissais pas Monica, elle ne me connaissait pas non plus. Et Philippe [Séranne, chanteur à FestiFaï] avait envie de nous brancher ensemble, et moi ça m’intéresse beaucoup de faire des choses comme ça au flair et à la rencontre et visiblement Monica est comme ça aussi, très spontanée. On savait que ça allait fonctionner donc on a répété pas beaucoup ! Et d’ailleurs elle est là, tu peux lui poser la même question en anglais !

Hf: How did you feel the performance with Jean-Luc Schwartz on the piano?

Monica: How I felt it? In English or Spanish? [rires] It was good. We met today, maybe he said the same, but there was something in the song that when I first listened it, it became very quick, so I just had the confidence it was going to work, because you hear it and you see…we had two or three rehearsals, but I kept listening for the piano on this little space. It was more improvisation what I could do in the space and with the water feeling also. So something for my feet was coming from the water sensation and with my hands I worked with the piano’s music notes.

Sourires [photo Suzanne G.]

Sourires [photo Suzanne G.]

Land Art: matière à discuter

In Entre-vues, Land Art, Mise en bouche on July 22, 2013 at 8:27 am
Human Art [d'une photo de Kate]

Human Art [d’une photo de Kate, “plasticienne”]

  LE LAND-ART,  CEKOUAKCA?

Land art, art végétal, art visuel naturel… : quelle étiquette pour un art hors-champs ? Jérôme Piguet et Marie-Sophie Koulischer travaillent  à l’image de Nils Udo, exclusivement (ou presque !) « dans et avec la nature ». Cette pratique artistique n’est qu’en réalité qu’une infime partie de ce que le terme « Land art » recouvre, un « mouvement » développé  dans les années 1960s et dont les débuts ont peu à voir avec la nature en elle-même.

 

« Dessiner des fleurs. Peindre avec des nuages. Écrire avec de l’eau. Enregistrer le vent de mai, la course d’une feuille tombante. Travailler pour un orage. Anticiper un glacier. Courber le vent. Orienter l’eau et la lumière… » Nils Udo, « Des sculptures dans et avec la nature, in Photographies, n°8, sept 1985.

 

Pour tenter d’en savoir plus sur le Land Art, et surtout le Land Art du FestiFaï, HOrS-foRmAt qui avait l’année dernière interviewé Marie-Sophie Koulischer  a donc choisi cette année une nouvelle proie…

 

Jérôme Piguet!  expliquant la technique du torchis

Jérôme Piguet: aux côtés de Marie-Sophie Koulischer, le voici ici expliquant la technique du torchis à ses “disciples”![photo Abdullah Denizhan]

HOrS-foRmAt: Pourquoi avoir choisi de travailler avec des matériaux naturels ?

Jérôme Piguet: C’est le contact avec la matière qui me plaît : le bois comme je viens de la charpente, les ossements pour leur forme, les plumes aussi. Il y a quelque chose de mystique…

A ce propos, j’ai remarqué qu’il y a chez les artistes du Land Art, soit une problématique écologique, soit une dimension plus magique et spirituelle dans leur rapport à la nature…

Eh bien c’est les deux en même temps souvent. La dimension écologique arrive plutôt avec les artistes de Land Art européens, ce que les américains ne réalisent pas vraiment dans les débuts. Mais je n’ai pas connaissance de ce qui se fait aujourd’hui, peut-être qu’il existe maintenant des artistes américains qui possèdent également cette problématique.

Et toi, dans ta pratique ?

Je ne crois pas en dieu mais je crois à la beauté du monde. Une beauté non dénuée d’horreur : quand une biche se fait bouffer, on ne peut pas dire que cela soit très beau à voir. Et toutes les maladies chez les humains…Et les oiseaux, par exemple, ils ne sont pas du tout sympathiques. J’ai un perroquet gris du Gabon chez moi, c’est un vrai monstre ! Tu vois les espèces de Raptor dans Jurrasik Park, les oiseaux c’est ça, [geste de la gueule avec la pince de la main] c’est des dinosaures qui ont un peu perdu de leur taille. J’aime beaucoup David Lynch par exemple.

Je vois ce que tu veux dire, je me souviens très bien dans Blue Velvet le gros plan sur les fourmis…

Ah, l’oreille coupée avec les insectes qui grouillent autour ! Oui c’est cela,il sait faire quelque chose de très beau tout en montrant discrètement l’horreur par derrière.

 

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“Au lieu d’un pinceau, Robert Morris aimerait utiliser un bulldozer pour réaliser ses œuvres” Robert Smithson

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Spiral Jetty, Robert Smithson, 1970. Photographie Serge Paul, 2006

Robert Smithson et Robert Morris sont deux pionniers du Land Art, héritiers de la vague minimaliste des années 1960. Leurs œuvres sont immenses (c’est de cette époque que vient le terme “Earthworks”): par la distance qu’elles impliquent, elles créent un effet de présence où le spectateur fait parti de l’œuvre. L’idée de la création in situ, le plus souvent en extérieur, et avec des éléments naturels – des éléments “qui n’ont plus rien d’artistiquement spécifique” (Land Art, G. Tiberghien) répond à l’origine à une volonté de ces artistes de redéfinir les cadres traditionnels de l’art (et non à une problématique écologique ou une dimension spirituelle): à cette époque, le lieu privilégié de l’art est encore le musée ou la galerie. Faire sortir l’art de cet endroit, c’est donc également questionner l’essence de l’art même.

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 Recherches-tu également par le Land Art à rendre l’art plus abordable, ou à le sortir de ces galeries un peu comme l’ont fait finalement les premiers artistes rattachés au Land Art dans les années 1960 ?

Je fais du Land Art d’abord par la matière. Quand j’en fait sur les sentiers, c’est pour montrer autre chose que ce à quoi on est habitué de voir, c’est comme des petites surprises. Poser trois cailloux l’un sur l’autre, ça paraît simple, mais parfois c’est très bien vu. Les bouts de bois pourris par exemple, on les oublie, mais c’est vachement beau. Il y a un artiste comme cela, Michel Balzy qui utilise la moisissure dans ses sculptures et le résultat est très joli. Mais mes sculptures ne sont pas destinées à être exposées dans la nature, elles n’y survivraient pas !

Ce serait donc plutôt la nature qui t’aurait amené à l’art, ainsi que ton métier de charpentier, de travail de bois plus qu’une pratique artistique qui t’aurait amené un jour à travailler avec des éléments naturels?

Je ne sais pas, quand j’étais petit, j’aimais beaucoup la pâte à modeler. Puis par la charpente, je suis passé de construire des structures à réaliser des sculptures.

En parlant de sculpture, je suis allée voir l’exposition de l’Office de Tourisme de Veynes, quelles sont leurs particularités par rapport aux œuvres de Marie Sophie?

Les miennes sont davantage des personnages. Il y en a deux que j’aime beaucoup dans ces statues exposées : la première c’est comme un courant de vie, une gueule qui bouffe la vie, qui bouffe tout ce qu’elle peut. La deuxième c’est la sorcière avec sa main recroquevillée, pas tout à fait humaine, un peu singe. C’est une sorcière blanche, qui essaye d’être gentille mais qui s’use de faire le bien.

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“Courant de vie” Bois de cerf, “queue de renard”, terre, billes de verre, osier,… 2012-13

"Vieille Yuna" Amas d'aulne, racines de pin, osier, terre, plastique... - 2011

“Vieille Yuna” Amas d’aulne, racines de pin, osier, terre, plastique… – 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On dirait qu’il y a toute une histoire autour de chacune de tes sculptures…

Oui tout à fait, sans histoire ça m’ennuie. Je crée des personnages, des visages. Dès que tu mets un visage, ça change tout. Quand je travaillais comme animateur dans une réserve naturelle d’oiseaux à St Quentin en Yvelines (“250 espèces environ à deux pas des voitures qui crament dans la banlieue d’à côté: un beau contraste”), je donnais deux punaises – deux yeux- aux enfants en leur demandant « d’ouvrir » le regard.

Et tu n’as pas gardé l’oiseau comme sujet de sculpture?

Non seulement les plumes, les crânes. C’est par la forme humaine que je suis intéressé.

Tu m’as dit que tu aimais travailler avec le bois, les ossements,… as-tu une matière, ainsi qu’une technique de prédilection ?

La terre aussi, surtout la terre « sauvage », naturelle quand je fais du torchis. Ensuite j’y ajoute des fibres pour que, lorsque la terre craque, tout ne s’effondre pas. Et le bois également, mais pas au travers de sculptures directement taillées dans celui-ci : je n’ai pas la patience. C’est plutôt un travail de modelage. Je préfère car tu peux tout le temps revenir dessus. J’utilise aussi les techniques de la couture et la vannerie de temps à autre.

Et ensuite, tu y a en partie répondue mais comment, pour toi, se déroule  la création d’une œuvre ?

Elle se fait à partir de ce que je trouve. Je ne pars pas d’une idée. A partir d’un bout de bois, ou de la forme particulière d’un rocher par exemple, il me vient l’envie d’y faire quelque chose. Je travaille en accumulant des objets. Et au fur et à mesure que je les dépose, il y a soudain deux trucs qui vont ensemble, tu vois des liens qui se forment. Il y a parfois de mes œuvres qui durent deux ou trois ans, le temps de trouver la rencontre opportune.

Est-ce que tu pratiques également cette phase de balade-récolte qu’on voit chez certains artistes  Land Art ?

Oui quand je collecte des matériaux…une ballade une œuvre…oui, j’aime bien cette idée. Je fais ça dès fois au sein de mes workcamps, lorsque l’on restaure des sentiers : on voit une souche ou un rocher intéressant, on s’arrête et on le met en scène.

La ballade de collecte, c’est un peu comme la marche indienne pour la fabrication de l’arc : tu commences par jeuner, puis tu te mets en route, tu attends qu’un arbre t’appelle, ou de trouver les matériaux nécessaires. C’est faire des rencontres.

 

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“No walk, no work” Hamish Fulton

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“Quand j’étais dans ce bois en Allemagne […] je me suis trouvé confronté à la question de savoir comment vivre dans quelques hectares de terrain. C’est aussi une façon de se confronter à soi-même. On part pour un région intéressante, et on finit par perdre le sens de soi. Au contraire, si on se confine à une région plus étroite, on se trouve beaucoup plus directement confronté à soi-même. Dans les deux situations, il faut s’abandonner à l’endroit.” H.Fulton, Des Pierres levées et des oiseaux chanteurs en Bretagne

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En parlant d’arbre,  Nils Udo évoque cette sensation de devenir arbre devant un état du ciel particulier. Je serai curieuse de savoir si toi aussi tu as déjà eu cette même sensation?

Pas vraiment… Ah c’est marrant, justement il y a peu j’étais à la célébration de l’anniversaire d’un prof de science naturelle passionné, très érudit et il m’a donné un bouquin : « Comment parler avec les arbres ». Comme quoi même les scientifiques reconnaissent qu’il n’y a pas que rationalité pure dans le rapport à la nature. Bon, je ne parle pas aux arbres, mais oui, j’ai des copains arbres. Tu vois le T à l’entrée du Saix avec la route qui part d’un côté à Chabestan et l’autre qui retourne à Veynes ? Il y a ici un très vieux poirier tout pourri, j’aime bien le saluer quand je passe. J’ai toujours pensé que les arbres sont les alliés de l’homme sur terre, qu’ils nous apprennent beaucoup. Par contre, si je connais les arbres et les plantes, je suis content d’être humain : il y a quand même quelque chose qu’ils n’ont pas, la pensée, l’imagination… enfin on ne sait pas vraiment…

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Nils Udo, Tilleuls, Sorbes, Aix-la-Chapelle, 1999

 

“C’est finalement au moment où le ciel sombre s’abaisse sur le paysage et où la pluie ramollit la terre que l’on a le plus de chance de devenir un arbre (cette sensation existe, je suis réaliste).”

Nils Udo

 

 

 

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Le Land Art travaillant avec des matières qui changent selon le temps, y a-t-il une saison que tu préfères ?

Oui, après le 15 août, c’est la cinquième saison chinoise. En Chine, ils ont une manière de séparer les saisons beaucoup plus juste je trouve. En Chine le printemps commence vers le 12 février. Vers le 15 août, c’est une saison intermédiaire où les énergies fluctuent, où c’est mieux de ne pas faire grand-chose, les herbes repoussent un peu, les oiseaux rechantent un peu. Et puis il fait moins chaud et il y a moins de touristes !

 

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Heman Prigann, Spiralberg

Heman Prigann, Spiralberg

“Ma compréhension de la nature, diffère de la définition occidentale classique dans la mesure où je suis absolument certain que nous ne faisons pas vaguement partie de ce que nous appelons la nature, mais que nous en faisons absolument partie. Ainsi ma définition de l’art ne voit pas la nature et l’art comme opposés, car je comprends l’art comme appartenant intégralement à la vie sociale de l’homme. L’art n’est pas un extra, ce n’est pas du sucre glace sur un gâteau, ce n’est pas un décor, un embellissement ou quoi que ce soit de ce genre, mais c’est une partie intégrante de notre histoire culturelle.”

Herman Prigann, dont les œuvres sont comparables en ampleur aux débuts des années 1960s, mais où survient également une problématique écologique et humaine.

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Et enfin, pour parler un peu du thème de la création plastique du FestiFaï cette année, « Faire tout avec rien »…

Et ben c’est bien parti ! [Jérôme Piguet jetant un regard vers le G. s’activant à la réalisation de l’œuvre collective]

En fait c’est un peu ce qu’on fait toujours dans le land art : créer quelque chose avec les matériaux que l’on trouve. Et Villages des Jeunes [association déléguée régionale de “Solidarités Jeunesse” organisant des chantiers internationaux à la Ferme du Faï, membre indispensable du festival] c’est tout à fait ça aussi; donc finalement, ce thème, il n’est pas nouveau !

 

 

[Propos recueillis par HOrS-foRmAt. Ensemble des citations et des explications issues de l’ouvrage Land Art, Gilles A Tiberghien, Dominique Carré éd., 2012.]

Liaisons dangereuses avec Trompes : libre parole pour les musiciens d’Echos

In Entre-vues on June 30, 2013 at 11:06 pm

 Saåad

Ici, pour nous, le lieu définit tellement l’évènement que lorsqu’ils nous ont proposés le projet, il était hors de question pour nous d’arriver la veille : si on venait c’était une semaine pour vraiment s’approprier les choses et faire une vraie résidence.

Ils nous avaient déjà prévenus sur les effets des trompes, les réverbérations, etc. On s’attendait vraiment à un truc qui allait déformer notre son, et en fait quand on les a vues jouer la première fois, on a vu que c’est surtout un effet auquel on est déjà habitué à utiliser sur nos instruments, qu’on pourrait comparer à une petite chambre d’échos, avec un délai un peu long (7secondes) et un effet de boucle. D’habitude on en joue encore plus, on joue beaucoup sur l’abstraction, et plus tu en mets plus l’instrument dans lequel tu joues devient difficilement reconnaissable, et nous on travaille justement beaucoup sur l’abstraction, on veut que les gens « partent » et si l’on veut créer cet effet, il faut enlever les codes traditionnels, on essaye de faire que les gens oublient d’écouter techniquement la musique.

On est habitués à s’adapter. Selon le point d’écoute, il y a des sons qui ne s’entendent pas, on a donc modifié nos approches. Là où nous nous situons pour jouer, on n’est pas dans un point idéal d’écoute, le son revient 7s après et il y a donc un décalage.

Ce qu’on va jouer c’est un quelque chose que nous avons créé spécialement pour les trompes. C’est un travail qu’on a déjà fait avec « L’Ariège et la Garonne » [commande de la ville de Toulouse réalisé en 2012]. C’est un truc qu’on aime bien faire : être immergé 10 jours en pleine nature. Notre musique a besoin de lieux insolites pour que l’auditeur ait le temps de s’imprégner. Lorsqu’on a joué dans des galeries ou des lieux de ce genre, cela s’est toujours mieux passé car les gens sont dans une démarche de découverte, ils demandent ce qu’ils passent, alors qu’un concert du samedi soir avec des amis- moi le premier- je ne cherche pas la même chose. C’est une musique qui demande de s’asseoir ou de s’allonger, de fermer les yeux ou regarder le paysage. C’est une musique contemplative, qui laisse l’imagination voguer, et être dans un cadre comme cela c’est génial. Ce n’est pas une forme de musique facile.

Nous la base c’est la mélodie, on choisit des notes pour les éléments : le vent il est en sol dièse, les éboulis sont en mi, ça nous oblige aussi à les écouter, c’est pour ça qu’on voulait le retour. On improvise mais c’est eux qui nous influent. On a des longues pistes, on est soumis aussi au relief : c’est ça qu’on a répété surtout. On a passé les trois premiers jours à faire des randonnées, ramasser des cailloux, trouver des os des fossiles, enregistrer des sons. Ça rend le processus créatif très agréable. Ici tu as tout à profusion, c’est certain que c’est une source d’inspiration incroyable. Quand on nous a proposé le projet, il n’a pas été question de défraiement ou de question logistique, on a tout de suite dit « il n’y a pas moyen on vient. »

Quand on fait notre musique, c’est aussi un peu comme venir ici, se retrouver dans un endroit, déconnecté de la ville, prendre le temps des choses, vivre à un autre rythme. Il y a aussi enregistrer les bruits qui nous intéressent. En ville, les bruits ne sont pas la base squelettique, ce n’est pas là où on irait chercher notre inspiration.

On a deux thèmes mélodiques, on a les « feeds » (enregistrements sonores des bruits), et après on ne sait pas trop. On verra….

Tamagawa

Je suis arrivé en début semaine. Ma base de jeu est ma guitare qui est sonorisée, car les trompes, c’est très aléatoire, on est dans l’abstraction. En fonction de ce qui sort, j’ai changé ma manière de jouer : il y en a ici qui travaillent sur le son continu, moi je joue plutôt sur un son saccadé, brutal, des cassures, entendre l’écho et le son avancer.

C’est la première fois que je joue sur tel site, en Europe, sur la planète. C’est donc quelque chose d’inédit, qui sera difficile à reproduire sans un tel système. Ce qui est intéressant est la nécessité de s’adapter au lieu, cette part d’aléatoire. En se déplaçant, le son n’est pas le même, il m’a donc fallu rajouter des choses et les conditions comme le vent, la température, l’humidité font que ce ne sera encore pas la même chose ce soir. Le vent surtout rend le son fuyant, il déplace les vibrations.

Antez

Mais l’improvisation ce n’est pas quelque chose d’aléatoire, au contraire il faut être très présent dans l’écoute, être sur un fil, ce n’est pas du tout incontrôlé, c’est comme une discussion avec des questions, des réponses. Lorsqu’il y a jeu avec plusieurs musiciens, il y a nécessité de s’accorder, d’avoir une direction, un certain vocabulaire.

Par rapport au système des Trompes, je n’ai pas trop d’avis, je n’ai pas encore écouté et ce n’est pas quelque chose qui va forcément changer ma façon de jouer. Je n’aime pas trop les tests, je n’y trouve pas d’utilité, du moment que le son est propre, optimisé pour qu’il n’y ait pas de saturation…Il y a surtout un potentiel, mais ce qui est ici délicat ce sont les conditions : le vent, l’humidité…Ce qui m’a fait venir? C’était sur mon chemin, et pour la curiosité évidemment.

Je ne joue que 6% de mes concerts en France. Il n’y a pas de curiosité ici. Les instances culturelles  sont complétement sclérosées, c’est un peu « on fait partie de la famille ou on n’en fait pas. »

 Yann Gourdon

A l’étranger il y a cette prise de risque, une curiosité, une volonté de découverte, des gens qui s’intéressent au contenu et pas seulement à la carrière.

Personnellement, je n’ai pas eu de surprises. J’ai un processus, un point de départ et d’arrivée, puis il y a des choses que je laisse exister, je n’essaye pas de contrôler. Ordinairement, je créé spécifiquement pour un lieu, mais ici la pièce que je vais jouer n’est pas réalisée pour les Trompes. Il faudrait au moins une semaine pour chaque artiste pour créer une pièce spécifique. Naviguer à l’aveugle, c’est cela principalement qui est difficile, les musiciens ne perçoivent pas le même son que les auditeurs. J’ai plutôt recherché à trouver un équilibre entre le jeu acoustique et l’écho.

Cascade

Julien : ça va laisser une trace c’est sûr, mais ça ne va pas changer fondamentalement ma manière de travailler, ça va la nourrir certainement, peut-être inconsciemment, la digérer petit à petit.

Ernest : Pour moi, c’est l’occasion de faire quelque chose que j’avais envie de faire depuis longtemps, c’est-à-dire jouer sur les sons de la montagne, les échos d’un espace naturel, faire quelque chose de neuf, c’est cela qui m’a enthousiasmé et j’aurais envie de continuer ces recherches par rapport au dispositif.

J’ai été surpris par rapport à la réponse des trompes, je m’attendais en quelque sorte à ce qui allait se passer sans pour autant connaître les effets. Ça a demandé donc beaucoup d’ajustement, de construction.

Julien : J’ai été moi très surpris, pas tant par le son que par la manière dont on reçoit le son, le rapport au son diffusé. C’est certain qu’il y a un décalage entre la situation imaginée et l’expérience réelle, mais ce qui m’a surpris c’est la distance, plutôt qu’une puissance, une pression acoustique (comme une corne de brume) qui est lié au choix dans la programmation de déporter l’espace de jeu de la projection du son, mais qui demande une adaptation, s’imaginer à quoi le son peut ressembler.

Ernest : les deux sont intéressants à travailler, cette pression acoustique qui n’est pas encore ici présente, et l’effet de réverbération.

Julien : Ce que je trouve intéressant ici est de devoir se contraindre à ce qu’on a, cela interroge nos facultés d’adaptations. C’est assez particulier comme rapport : c’est un décalage entre le son que perçoit mon oreille et celui que perçoit le micro qui est diffusé, il n’y a pas de retour direct, le son perçu par mon oreille est beaucoup moins fort que celui perçu par le micro, et cela demande beaucoup d’imagination. »

Là c’est une prise de contact, c’est vrai qu’autant que pour de la création que pour jouer une pièce déjà construite il faudrait un temps plus important de travail sur les trompes. On reviendrait volontiers ici pour une résidence, c’est un endroit qui centre, isolé dans la montagne, où il y a en plus un fonctionnement de groupe très cadré. Toutes les conditions pour une résidence y sont réunies, ce qui est souvent difficile à avoir. Quand on obtient une salle pour répéter, la vie quotidienne est tout de même en-dehors et le fait d’avoir ici un environnement, un espace et un temps dédié est quelque chose de très précieux pour une résidence.

Amédée d’Insiden

Lors de notre résidence l’année dernière en juin, on a bavé pendant tout le séjour devant les trompes, finalement on a pu les utiliser une fois et faire un concert en août, lors de « La montagne qui chante » [17 août, journée dédiée aux Trompes depuis leur mise en service]. De là on s’est dit qu’il fallait absolument inviter des artistes, on a donc créé l’association pour l’évènement d’Echos.

Mais nous ne sommes pas au même endroit que la dernière fois, on avait déjà essayé plusieurs points d’écoute. On a trouvé des nouveaux trucs,  un jeu de dialogues où on se répond et où répond à la montagne, on essaie de se caler sur le tempo des échos. Ici il faut être encore plus attentif. Ça change l’idée même de concert, c’est ça qui nous plaît : le concert il est partout, et l’auditeur même se l’approprie.

C’est une improvisation obligatoire. L’œuvre d’art tu la créée en direct, le public est face à une œuvre en train de se créer. On n’est pas ici comme dans le freejazz dans l’improvisation de notes et mélodies, nous on improvise des textures.

Le tout est de vivre l’instant, de s’écouter à trois et l’impro se fait, on tâtonne mais quand ça marche c’est magique. C’est un peu comme se jeter dans le vide, avec quelques filets mais il y a plus d’aventure…