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Viscérébralement hors-format: la critique d’Echos 2013

In Concerts on June 30, 2013 at 11:14 pm

un son organique

Ce n’est pas un son agréable. Raclements, frottements, grincements. C’est un son organique, il ratisse nos viscères, il s’insinue dans nos membres, vicieux, par vagues. Contemplatif, angoissant, lancinant, mélancolique… il y a des bruits qu’on ne reconnaît plus, l’élongation d’une matière sonore qui nous mange les oreilles répercuté dans un fracas métallique, quelque chose qui plane et qui enveloppe toute surface. Et quelque soit le qualificatif le mieux adapté à l’expression de votre expérience, l’imagination. Déployée. Répercutée.

immergés, vagues d'herbes et de son

immergés, vagues d’herbes et de son

L’ambiance est posée. Pause. Et.

L’écho.

Il y a des corps dans l’herbe. Evanouis de son. Il y a la falaise. Il reste la falaise. Le son de la rivière. Puis la rivière. La rivière. Erre. Air. Ere. Nouvellement texturée. On respire à un autre rythme.

Son ou sang qui pulse.

Tamagawa: lancinant

Tamagawa: lancinant

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Liaisons dangereuses avec Trompes : libre parole pour les musiciens d’Echos

In Entre-vues on June 30, 2013 at 11:06 pm

 Saåad

Ici, pour nous, le lieu définit tellement l’évènement que lorsqu’ils nous ont proposés le projet, il était hors de question pour nous d’arriver la veille : si on venait c’était une semaine pour vraiment s’approprier les choses et faire une vraie résidence.

Ils nous avaient déjà prévenus sur les effets des trompes, les réverbérations, etc. On s’attendait vraiment à un truc qui allait déformer notre son, et en fait quand on les a vues jouer la première fois, on a vu que c’est surtout un effet auquel on est déjà habitué à utiliser sur nos instruments, qu’on pourrait comparer à une petite chambre d’échos, avec un délai un peu long (7secondes) et un effet de boucle. D’habitude on en joue encore plus, on joue beaucoup sur l’abstraction, et plus tu en mets plus l’instrument dans lequel tu joues devient difficilement reconnaissable, et nous on travaille justement beaucoup sur l’abstraction, on veut que les gens « partent » et si l’on veut créer cet effet, il faut enlever les codes traditionnels, on essaye de faire que les gens oublient d’écouter techniquement la musique.

On est habitués à s’adapter. Selon le point d’écoute, il y a des sons qui ne s’entendent pas, on a donc modifié nos approches. Là où nous nous situons pour jouer, on n’est pas dans un point idéal d’écoute, le son revient 7s après et il y a donc un décalage.

Ce qu’on va jouer c’est un quelque chose que nous avons créé spécialement pour les trompes. C’est un travail qu’on a déjà fait avec « L’Ariège et la Garonne » [commande de la ville de Toulouse réalisé en 2012]. C’est un truc qu’on aime bien faire : être immergé 10 jours en pleine nature. Notre musique a besoin de lieux insolites pour que l’auditeur ait le temps de s’imprégner. Lorsqu’on a joué dans des galeries ou des lieux de ce genre, cela s’est toujours mieux passé car les gens sont dans une démarche de découverte, ils demandent ce qu’ils passent, alors qu’un concert du samedi soir avec des amis- moi le premier- je ne cherche pas la même chose. C’est une musique qui demande de s’asseoir ou de s’allonger, de fermer les yeux ou regarder le paysage. C’est une musique contemplative, qui laisse l’imagination voguer, et être dans un cadre comme cela c’est génial. Ce n’est pas une forme de musique facile.

Nous la base c’est la mélodie, on choisit des notes pour les éléments : le vent il est en sol dièse, les éboulis sont en mi, ça nous oblige aussi à les écouter, c’est pour ça qu’on voulait le retour. On improvise mais c’est eux qui nous influent. On a des longues pistes, on est soumis aussi au relief : c’est ça qu’on a répété surtout. On a passé les trois premiers jours à faire des randonnées, ramasser des cailloux, trouver des os des fossiles, enregistrer des sons. Ça rend le processus créatif très agréable. Ici tu as tout à profusion, c’est certain que c’est une source d’inspiration incroyable. Quand on nous a proposé le projet, il n’a pas été question de défraiement ou de question logistique, on a tout de suite dit « il n’y a pas moyen on vient. »

Quand on fait notre musique, c’est aussi un peu comme venir ici, se retrouver dans un endroit, déconnecté de la ville, prendre le temps des choses, vivre à un autre rythme. Il y a aussi enregistrer les bruits qui nous intéressent. En ville, les bruits ne sont pas la base squelettique, ce n’est pas là où on irait chercher notre inspiration.

On a deux thèmes mélodiques, on a les « feeds » (enregistrements sonores des bruits), et après on ne sait pas trop. On verra….

Tamagawa

Je suis arrivé en début semaine. Ma base de jeu est ma guitare qui est sonorisée, car les trompes, c’est très aléatoire, on est dans l’abstraction. En fonction de ce qui sort, j’ai changé ma manière de jouer : il y en a ici qui travaillent sur le son continu, moi je joue plutôt sur un son saccadé, brutal, des cassures, entendre l’écho et le son avancer.

C’est la première fois que je joue sur tel site, en Europe, sur la planète. C’est donc quelque chose d’inédit, qui sera difficile à reproduire sans un tel système. Ce qui est intéressant est la nécessité de s’adapter au lieu, cette part d’aléatoire. En se déplaçant, le son n’est pas le même, il m’a donc fallu rajouter des choses et les conditions comme le vent, la température, l’humidité font que ce ne sera encore pas la même chose ce soir. Le vent surtout rend le son fuyant, il déplace les vibrations.

Antez

Mais l’improvisation ce n’est pas quelque chose d’aléatoire, au contraire il faut être très présent dans l’écoute, être sur un fil, ce n’est pas du tout incontrôlé, c’est comme une discussion avec des questions, des réponses. Lorsqu’il y a jeu avec plusieurs musiciens, il y a nécessité de s’accorder, d’avoir une direction, un certain vocabulaire.

Par rapport au système des Trompes, je n’ai pas trop d’avis, je n’ai pas encore écouté et ce n’est pas quelque chose qui va forcément changer ma façon de jouer. Je n’aime pas trop les tests, je n’y trouve pas d’utilité, du moment que le son est propre, optimisé pour qu’il n’y ait pas de saturation…Il y a surtout un potentiel, mais ce qui est ici délicat ce sont les conditions : le vent, l’humidité…Ce qui m’a fait venir? C’était sur mon chemin, et pour la curiosité évidemment.

Je ne joue que 6% de mes concerts en France. Il n’y a pas de curiosité ici. Les instances culturelles  sont complétement sclérosées, c’est un peu « on fait partie de la famille ou on n’en fait pas. »

 Yann Gourdon

A l’étranger il y a cette prise de risque, une curiosité, une volonté de découverte, des gens qui s’intéressent au contenu et pas seulement à la carrière.

Personnellement, je n’ai pas eu de surprises. J’ai un processus, un point de départ et d’arrivée, puis il y a des choses que je laisse exister, je n’essaye pas de contrôler. Ordinairement, je créé spécifiquement pour un lieu, mais ici la pièce que je vais jouer n’est pas réalisée pour les Trompes. Il faudrait au moins une semaine pour chaque artiste pour créer une pièce spécifique. Naviguer à l’aveugle, c’est cela principalement qui est difficile, les musiciens ne perçoivent pas le même son que les auditeurs. J’ai plutôt recherché à trouver un équilibre entre le jeu acoustique et l’écho.

Cascade

Julien : ça va laisser une trace c’est sûr, mais ça ne va pas changer fondamentalement ma manière de travailler, ça va la nourrir certainement, peut-être inconsciemment, la digérer petit à petit.

Ernest : Pour moi, c’est l’occasion de faire quelque chose que j’avais envie de faire depuis longtemps, c’est-à-dire jouer sur les sons de la montagne, les échos d’un espace naturel, faire quelque chose de neuf, c’est cela qui m’a enthousiasmé et j’aurais envie de continuer ces recherches par rapport au dispositif.

J’ai été surpris par rapport à la réponse des trompes, je m’attendais en quelque sorte à ce qui allait se passer sans pour autant connaître les effets. Ça a demandé donc beaucoup d’ajustement, de construction.

Julien : J’ai été moi très surpris, pas tant par le son que par la manière dont on reçoit le son, le rapport au son diffusé. C’est certain qu’il y a un décalage entre la situation imaginée et l’expérience réelle, mais ce qui m’a surpris c’est la distance, plutôt qu’une puissance, une pression acoustique (comme une corne de brume) qui est lié au choix dans la programmation de déporter l’espace de jeu de la projection du son, mais qui demande une adaptation, s’imaginer à quoi le son peut ressembler.

Ernest : les deux sont intéressants à travailler, cette pression acoustique qui n’est pas encore ici présente, et l’effet de réverbération.

Julien : Ce que je trouve intéressant ici est de devoir se contraindre à ce qu’on a, cela interroge nos facultés d’adaptations. C’est assez particulier comme rapport : c’est un décalage entre le son que perçoit mon oreille et celui que perçoit le micro qui est diffusé, il n’y a pas de retour direct, le son perçu par mon oreille est beaucoup moins fort que celui perçu par le micro, et cela demande beaucoup d’imagination. »

Là c’est une prise de contact, c’est vrai qu’autant que pour de la création que pour jouer une pièce déjà construite il faudrait un temps plus important de travail sur les trompes. On reviendrait volontiers ici pour une résidence, c’est un endroit qui centre, isolé dans la montagne, où il y a en plus un fonctionnement de groupe très cadré. Toutes les conditions pour une résidence y sont réunies, ce qui est souvent difficile à avoir. Quand on obtient une salle pour répéter, la vie quotidienne est tout de même en-dehors et le fait d’avoir ici un environnement, un espace et un temps dédié est quelque chose de très précieux pour une résidence.

Amédée d’Insiden

Lors de notre résidence l’année dernière en juin, on a bavé pendant tout le séjour devant les trompes, finalement on a pu les utiliser une fois et faire un concert en août, lors de « La montagne qui chante » [17 août, journée dédiée aux Trompes depuis leur mise en service]. De là on s’est dit qu’il fallait absolument inviter des artistes, on a donc créé l’association pour l’évènement d’Echos.

Mais nous ne sommes pas au même endroit que la dernière fois, on avait déjà essayé plusieurs points d’écoute. On a trouvé des nouveaux trucs,  un jeu de dialogues où on se répond et où répond à la montagne, on essaie de se caler sur le tempo des échos. Ici il faut être encore plus attentif. Ça change l’idée même de concert, c’est ça qui nous plaît : le concert il est partout, et l’auditeur même se l’approprie.

C’est une improvisation obligatoire. L’œuvre d’art tu la créée en direct, le public est face à une œuvre en train de se créer. On n’est pas ici comme dans le freejazz dans l’improvisation de notes et mélodies, nous on improvise des textures.

Le tout est de vivre l’instant, de s’écouter à trois et l’impro se fait, on tâtonne mais quand ça marche c’est magique. C’est un peu comme se jeter dans le vide, avec quelques filets mais il y a plus d’aventure…