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Autopsie collective: what is “Chanson Française” exactly?

In Entre-vues on August 1, 2013 at 12:10 am

Que le premier qui répond Edith Piaf…

FestiFaï, festival d’art et de chanson française en pleine nature/ Le Faï : lieu d’accueil de chantiers internationaux, où l’on ne sait parfois plus quelle langue employer…Certains trouveront peut-être étrange d’avoir inventé un festival de chanson française – ou francophone- dans un lieu on ne peut plus international que le Faï, mais à vrai dire, est-ce vraiment contradictoire ?

 

Quelle drôle de question, comme dirait François (encore lui le bougre !) 

 

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Au Café-chanson du vendredi 26 juillet

SNIEDZE, Lettonie – Grundtvig, propos recueilli presque sous la douche

We were at one of the concert, and there was a song which one girl was translating to me. I understood that the French songs are really really different from other songs, because they have really strong backgrounds and the story in it: you can listen the piano of course it’s beautiful, but the main thing is in the words. That’s what I have noticed and understood about French songs: they are like stories of life, it’s not just one simple story who’s like old time’s saying again and again, it’s like continuing while the song is going forward. […] It’s more deeper, the talk is more deeper, the background and how maybe they have been written or who is written it. Because here, the songs at the Faï, there are concentrated on backgrounds. I don’t know if it’s like all France, but mainly here, it’s all about the text.

 

SUZ’, France- en mission spéciale au Faï

Ben tout bêtement, c’est de la chanson avec des paroles en français, parce que c’est tellement large, ça peut regrouper tellement de trucs… Tout de suite, tu penses à…enfin moi je pense à Edith Piaf, les grands classiques, et…je vois aussi beaucoup de merde je dois l’avouer ! Et en même temps t’as des textes, des artistes comme on en rencontre au Faï : des textes plus recherchés, plus de blagues, parfois un peu plus axés sur la musique par exemple avec Philippe Séranne, un peu plus rock. Mais je ne sais pas, ça regroupe trop de choses… C’est un phénomène mystérieux !

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Jérôme

LUC, France- chargé de l’accueil du Faï et de beaucoup d’autres choses, attrapé au vol une bassine de linge sous l’bras, un verre à jeter dans l’autre

… la chanson française…C’est très varié… J’ai découvert à FestiFaï des artistes qui écrivaient leurs propres textes. On en connait des artistes qui sont réputés, du Brassens du Brel, mais là ça a permis de m’ouvrir l’esprit sur des personnes qui font un peu la même chose, mais à un niveau peut-être plus local. Après, j’aurais tendance à y inclure aussi d’autres groupes comme Tryo ou Les Ogres de Barback qui ont beau avoir des univers différents, ou peut-être qui utilisent les instruments de manière différente avec un côté peut-être plus festif pour certains, pour moi ça reste aussi de la chanson française. La chanson française, il y a du texte avec du sens, de la poésie, du rythme, des rimes. En fait ça doit être dans le contenu, ça a du sens, les gens peuvent aussi l’utiliser pour exprimer des idées, des idéaux qu’ils ont envie de partager. Et ce sont des gens qui réfléchissent à leurs textes. Mais finalement, j’aurais tendance même peut-être à inclure des artistes de slam ou de rap, je suis sûr qu’il y en a certains qui ont un texte intéressant que j’inclurais comme chanson française, à mon sens. Même si cela a été divisé en différentes sections, pour moi ça en fait partie aussi.

 

Didier et Pascal, Belgique et France- chanteurs, sirotant leur café dans l’ombre de la salle à manger

Didier : C’est une grande question existentielle… Je suis bien en peine de répondre à une question pareille, je n’en sais rien du tout.

Pascal : Il y a le titre d’une chanson de Sarcloret qui pourrait répondre à ça, qui s’intitule « joli foutoir »…

Didier : je dirais…un étrange prétexte culturel…un besoin de cloisonnement culturel assez inquiétant. Je n’veux pas que tout l’monde fasse du Rihanna mais c’est chiant de cataloguer les musiques, c’est complétement con quoi. Donc voilà, chanson française : prétexte. […]En tous cas je ne voudrais pas être catalogué chanson française, ou catalogué tout court, ça m’rappelle les camps.

 

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Suzanne et Sniedze

FRANCOIS, Marseille (en France, sisi)  – en pleine activité mystérieuse dans les bureaux du Faï

On ne devrait pas se poser la question, c’est ça ma réponse. C’est comme si on disait « qu’est-ce que vous pensez de la musique française » : c’est tellement varié, c’est plutôt quelque chose qui existe, qui a une fonction, et qui bouge… qui a été, qui est, qui sera différente, donc c’est…je sais pas…c’est tout ce que j’ai trouvé pour échapper à la question, c’est un peu juste j’le r’connais mais je ferai mieux la prochaine fois [c’est noté nyeknyek !].

 

RISTO, Finlande – Gruntdvig au petit-déj

I’m sorry but I don’t really get what is your question.

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Philippe et ?

MARIE, France – experte en musicologie et barbus à biceps, attendant le début de son stage de chant avec une autre Marie

C’est, je pense, le texte, le côté engagé français, tu vois. Ailleurs il y a beaucoup de chansons traditionnelles qu’il y a aussi en France, avec des textes anciens ou alors sinon l’espèce de pop qu’il y a un peu de partout, qui est l’influence américaine, mais il y a peu ce côté vraiment « écrire le texte et faire une musique qui accompagne le texte », plutôt que de faire une musique et ensuite quelques paroles un peu bateau derrière : écrire le texte, une poésie qu’on va mettre en musique, j’ai l’impression que c’est vraiment typique de la France. Il y a beaucoup de nouvelle scène française qu’il n’y a pas vraiment ailleurs où l’on reprend plutôt des chants traditionnels.

 

Polyphonambuliste au patronyme inconnu, France- attablée à l’ombre d’un tilleul

La chanson française elle date un peu. C’est surtout Brassens pour moi. […] J’aime beaucoup les textes, quand il y a des beaux textes. J’ai écouté par exemple le dernier disque de Maxime Leforestier. J’aime bien faire des découvertes aussi : j’ai découvert Cali, il y a un moment maintenant. […] La chanson française, maintenant, je l’écoute peut-être plutôt par mes petits-enfants qui retrouvent des textes comme Nino Ferrer… je connais surement des chanteurs contemporains mais là je n’ai pas de noms en tête.

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Ela et David

VANINA, France – chanteuse, en route pour une séance de travail musicale

Olala vaste sujet la chanson française…qu’est-ce qu’elle était, qu’est-ce qu’elle est, qu’est-ce qu’elle va devenir… la chanson francophone, voilà, c’est faire passer notre culture, que ce soit celle d’aujourd’hui, celle d’hier. Pour moi la musique n’a pas de frontières non plus. Alors c’est vrai qu’on met un peu des étiquettes : « chanson française », autrefois on appelait ça la « chanson rive gauche », ça évolue. Toutes les musiques se mélangent, elles peuvent très bien mettre des mots en français sur des musiques qui vont du swing au blues au rock, et moi j’essaye de casser les frontières aussi entre les genres. C’est parce que on nous enferme un petit peu comme si c’était un vieux truc, comme si on lui disait « allez dégage ! ». Et ici on a le paysage aussi, qui est extraordinaire et qui nous pousse à essayer d’être à la hauteur de ces montagnes, de faire quelque chose de beau quoi. Petite citation de Prévert : « Beauté souvent j’emploie ton nom et je travaille à ta publicité, Beauté je ne suis pas le patron je suis ton employé. » On est là ce soir pour essayer de partager des moments de beauté.

 

NADIA, France – fidèle du FestiFaï, entre deux coups de balai…

Gainsbourg. Hf : C’est tout, c’est ton dernier mot ?. Attends j’vais réfléchir…au r’voir Agnès ! Et entre deux autres coups de balai : c’est la culture, les émotions !

 

Pascal Mathieu et Didier Odieu

Pascal Mathieu et Didier Odieu

DANIELA, Allemagne – membre du Land Art « Grundtvig », assise au soleil, attendant que les autres membres du G. émergent de leur longue nuit

I really like that French people sing so much in French, which is pretty new in Germany, I think. I don’t understand the lyrics at all, but it always sounds beautiful because French sounds for me really nice, and I really like, yesterday, that so many people were brave to sing. It was a wonderful evening, I could get a part of the lyrics and laugh a bit, but at the end I just enjoyed the music. Whereas in Germany it’s mainly the music made for these elderly people, Volksmusik, with swinging together… but in the last years it came some modern groups who start singing in German, but it is still new. My imagination is that French people like to sing in their own language, and in Germany, people always try to sing in English because it sounds more modern or whatever…

 

FRANCESCA, Italie- volontaire long terme, les mains dans la pâte à pizza

C’est quelque chose d’assez…sérieux, dans le sens où il y a de la réflexion derrière. Après ça peut être drôle, des textes un peu absurdes dès fois, mais il y aura quand même du sens derrière. Et je trouve que la musique est plutôt simple : même si la « partition », la musique utilise plusieurs choses, il n’y a pas l’harmonie qu’il y a dans d’autres types de musiques où il y a plusieurs instruments tous ensemble qui vont former vraiment le cadre, je trouve que la chanson française c’est vraiment le texte ou la voix. Au château de Montmaur pour le concert de Philippe Séranne, à mon avis, – bon je ne connais pas trop la chanson française-, mais j’ai eu l’impression que c’était moins de cela : si tu isolais Philippe c’était de la chanson française mais avec les instruments tout autour c’était une autre chose, c’était super, vraiment vraiment beau. Mais après je pense que tous les genres peuvent se mélanger entre eux, du coup, il y a une évolution, un mélange avec d’autres genres.

 

Jonathan

Jonathan

JÉRÔME, France – artiste et guide du G. en train d’entamer une bolée de cornflakes monumentale

La chanson française…je sais pas, j’aime autant être surpris par ce que je trouve ici parce que franchement j’n’ai pas d’idées sur la chanson française, non aucune idée, à part ici, j’en écoute jamais en fait c’est aussi simple !

 

CLARA, République Tchèque – membre du Grundtvig au détour d’un chemin (celui de la cuisine probablement)

I like how every one of you like to sing, a lot of people wanted to take part yesterday in the concert. I feel that you, French people, love music, it’s some part of you, it’s normal to share it with the others. It’s not like in the Balkans, everybody sings with big enthusiasm, it’s something more quiet but still.

 

Géraldine

Géraldine

EVA, Corée-volontaire internationale, coupant des tomates pour le déjeuner

Actually before I came here, I knew few French songs like “Champs-Elysées”, it’s quite famous around the world, so I thought “chanson” is more like really slow and something like a thin voice [chante façon Carla bruni très aigu: “aaah champs élysées”], something like this, almost like classical music. I thought it’s kind of boring, it’s more like classical, it’s not funny it’s not quick. But after I went here, I listened to a lot of chansons and I thought I had wrong opinion before, because the first concert [of the festival] for example I couldn’t understand at all but it was humorous and the songs were not just slow and sad songs, it was quite quick and people laughing, they could sing all together. I love some songs that everyone can sing together, in a harmony. And yesterday, I sang a Korean song because chanson it’s kind of special in France, and I  wanted to show something special in Corea like not pop, rock or something all around the world, that kind of music that is special in Corea and that I wanted to show and share with everyone.

 

OLIVIER, France – chanteur, fumant une clope alors qu’il devrait être en répét’ le vilain

La chanson, c’est quoi la chanson ? pourquoi, t’as deux ou trois heures là ? [rires]

 

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 [un micro-trottoir sans trottoirs inspiré par Francesca]

« Faire tout avec rien » pour que la beauté ne fasse pas faillite

In Concerts on July 31, 2013 at 11:38 pm
"La chorale du Buëch" par Didier Odieu

“La chorale du Buëch” par Didier Odieu: bel ensemble!

Non, « faire ensemble par-delà les cultures » n’appartient pas à une quelconque utopie. Malgré la perte des ¾ de ses subventions, FestiFaï, festival de chanson hors-format et d’art en pleine nature- est parvenu même cette année à faire jaillir de rien le tout, à saisir la beauté d’un instant, à faire jaillir des bulles de son bouillonnement. Dépourvu de sa résidence de création, «l’âme du festival » qui offrait toutes les conditions nécessaires à la réinvention, au renouveau, autrement dit à la création ; FestiFaï s’est pourtant trouvé d’autres voix, celles de la « passion et la solidarité », celle d’une « céleste bidouille qui fait pétiller l’œil de l’enfant ».

« Faire ensemble », c’est p…as si simple !

 C’est sur ces mots prononcés par François Pecqueur, qu’a débutée la soirée de clôture de l’édition 2013 du festival, ce samedi 27 dernier au sein du Théâtre de verdure du Faï gradins de pierre et d’herbe, étoiles jouant avec les projecteurs, eau bleue pour seule scénographie de ce co-plateau. Et un challenge : « Je n’ai jamais joué dans de telles conditions, converse Olivier l’Hôte en anglais avec l’un des jeunes volontaires du lieu, dans cette contrainte de temps, sans mes musiciens…les musiciens ont dû répéter 25 chansons que pour la plupart ils ne connaissent pas ». En dix heures de temps, catapultés dans un lieu quelque peu détonnant (La Ferme du Faï, lieu d’accueil de chantiers internationaux), les artistes ont dû composer une scénographie ensemble constituée d’un choix de textes de chacun des chanteurs, exercice qui semble demander  plus que des qualités de musicien : « il fallait un « dictateur », quelqu’un qui puisse prendre des décisions rapidement”, commente Jonathan Mathis, arrivé le samedi midi banjolélé sous la main et lunettes de soleil sur le nez (jusque-là rien de plus normal !), tout à fait détendu mais efficace !

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Didier Odieu, Olivier l’Hôte, Philippe Séranne, Vanina Michel

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Jonathan Mathis, Philippe Séranne et Olivier l’Hôte

Jonathan Mathis et Mickaël Paquier

Jonathan Mathis et Mickaël Paquier

« It’s all about the text »

Le ton oscille sur le thème de la (festi)faillite, ce qui n’empêche la rage de rire, de sourire, d’envoyer tout valser sauf rêve et élan: « j’ai envie de danser aussi » s’écrie ma jeune voisine lorsqu’une sirène – Monica Cofiño, danseuse espagnole – entre dans l’eau bleutée accordée à la voix d’Olivier l’Hôte. Le vent feuillette les partitions.  Pascal Mathieu, nous susurre des poèmes d’amour saignants à souhait, tout crus et croustillants. Didier Odieu, beaucoup plus digeste et non moins savoureux avec un Philippe Séranne très engagé orchestrent tour à tour le show. Vanina Michel, enfin, « déclare l’état de bonheur permanent ». Les textes retentissent : « je ne sais pas si c’est le cas pour toute la chanson française, mais ici, au FestiFaï, c’est au niveau du texte que tout se joue » perçoit Sniedze, venue de Lettonie pour la résidence Land Art du festival. Mais on ne laisse pas l’histoire sans rythme : Jonathan Mathis, dionysos des instruments bizarres et (presque) inusités et Mickaël Paquier, l’Apollinaire de la percu, font vibrer l’espace à ciel ouvert jouant de l’écho de la falaise comme d’un instrumentiste supplémentaire (celle-là au moins, elle râle pas quand on ne la paye pas!).

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Une Festiréussite ?

Et si le public se fait plus discret – une centaine d’entrée -, ce sont surtout des échanges que s’est enrichi FestiFaï, permis notamment par l’organisation pour la première fois cette année d’ateliers et de stage, ainsi que d’un fonctionnement participatif global : point de tour d’ivoire dans ce petit lieu perché à 1000m d’altitude, tout le monde y fait sa vaisselle. Ainsi ne consomme-t-on ici que la bière et le jus de poire : culture revenue à son état naturel pour quelques jours, l’art s’y nourrit de rencontres. On y croise Didier Odieu discutant avec un volontaire long-terme, certains des plasticiens jouant de la musique avec des bénévoles,…Je rencontre quant à moi un spectateur venu des Amériques pour découvrir la France, qui m’explique que : « dans le Michigan, les fermes ne ressemblent pas vraiment à celle-ci». On veut bien le croire…Seuls les techniciens ne sont pas encore revenus de leur rangement, mais on cause déjà d’eux dans leur dos : « Le son et la scène étaient vraiment bien foutu » (Sertunç, plasticien).

Olivier l'Hôte se marrant, en spectateur

Olivier l’Hôte en spectateur, l’eau bleue-tungstène pour décor

Alors au diable le chiffre d’entrée, on envoie tout valser  – « alors on danse » comme chante Didier Odieu pendant que le public débarque sur la scène (sur des paroles d’un collègue belge que vous aurait surement reconnu)…mais en toute conscience : on sait bien que la rencontre ne naît pas seulement d’amour et d’eau fraîche…

“Nous avons tous des racines différentes…

In Land Art on July 31, 2013 at 8:42 am
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L’œuvre collective et leurs auteurs devant Le Fachia Tout (Le Saix)

Dans le cadre de FestiFaï – festival de chanson hors-format et d’arts visuels en pleine nature –, l’ « atelier européen Grundtvig » guidés par le seul thème « Faire tout avec rien » ainsi que Marie-Sophie Koulischer et Jérôme Piguet – artistes de Land Art, nous présente le résultat de deux semaines de création le long du chemin qui mène du Saix à la Ferme du Faï, haut-lieu du festival.

Une balade commentée des œuvres a suivi une première découverte, à la nuit tombée et en musique et lumière de celles-ci. Au rythme des créations qui émaillent désormais le chemin, nous suivrons ici l’ordre de cette marche diurne, de l’œuvre collective du village du Saix au Théâtre de Verdure du Faï.

TEODORA, Roumanie

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Vos racines vous suivent comme votre ombre

D’où que l’on vienne, nos origines sont nos racines. Où que l’on aille, elles nous suivent. On ne peut les faire disparaître. On peut, par contre, en créer de nouvelles.

JUDITH, Hollande

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Quand j’ai commencé à travailler, je ne savais pas par où commencer. Les montagnes, la vallée, tout est incroyablement beau. Comment est-ce possible d’ajouter quelque chose à ces créations de la nature ? Cela me semblait impossible. Mais en me promenant dans la montagne, j’ai peu à peu découvert cet endroit et je me le suis approprié. Je devais trouver un endroit où déposer un peu de moi. Pour moi, c’est un moyen de me connecter à mon environnement. Après avoir beaucoup pensé et écrit, j’ai réussi à mettre mes idées en ordre. J’ai principalement travaillé à mains nues pour être proche du matériau, de l’œuvre et de la nature. Dans mon travail, j’ai l’habitude d’utiliser des techniques auxquelles je ne suis pas familiarisée. Pour moi, c’est un moyen de ne pas me perdre dans les conventions. De cette manière, l’œuvre sera toujours plus sincère, plus honnête et plus réelle. Les obstacles et les combats menés contre la matière font partie du travail. Si je ne souffre pas autant que j’apprécie, ce n’est pas bon. Je veux simplement vous inviter à regarder, à regarder différemment encore et encore.

DAVID, Hongrie

IMG_1228Mon œuvre est née lorsque je suis allé me coucher dans la montagne. J’ai installé mon campement dans cette brèche. J’ai trouvé ma place facilement. J’ai su que je devais faire quelque chose avec cette partie de la montagne. J’ai passé des heures à réfléchir  et j’ai regardé cet endroit sous tous les angles. J’ai découvert une diagonale qui va de la montagne jusqu’à la vallée en passant sous la route. J’ai suivi cette ligne avec mes mains, j’ai dessiné dans l’air, mais rien n’est apparu. La montagne ne m’a rien dit. Puis je me suis allongé dans la brèche. J’y suis resté une demi-heure. J’ai senti un immense pouvoir autour de moi. J’ai regardé les animaux de la nature, les dessins dans la falaise et la géométrie de ma couchette. Et la montagne a entamé un dialogue avec moi. Je me suis senti angoissé et j’ai voulu m’extraire de ce lieu. Cette situation m’a fait penser à une des cartes du tarot Zen intitulée « angoisse », où un homme est représenté dans un tel état de souffrance que lui et son environnement ne peuvent le supporter. Les couleurs principales de cette carte sont brun, le noir, le blanc, le rouge, le jaune et le orange : toutes les couleurs que j’ai ici utilisé. C’est ce que la montagne m’a montré.

IMG_1226JAN, République Tchèque

La machine qui colore

Sur le chemin qui mène du Saix au Faï, j’ai été impressionné par l’environnement, par les rochers, le ruisseau en contrebas et son écoulement à travers la vallée. Je voulais mettre en lumière ces éléments en forçant le visiteur à les regarder activement. « La machine qui colore » a pour but de permettre au visiteur de regarder différemment  les anciennes ferrailles rouillées recouvertes de béton. Cet objet vous permet de voir la beauté des lieux au travers de différentes couleurs. Il peut même aller jusqu’à modifier notre vision grâce à de petits bouts de plastique placés devant nos yeux.

KLARA, République Tchèque

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photo MSK

En marchant sous le soleil brulant, j’ai remarqué une vieille plaque sur un pylône électrique. En toutes lettres est inscrit « danger de mort ». J’ai pris cela comme une double référence. La première, au paysage du sud de la France, si sec et tellement hostile qu’il est possible de mourir de déshydratation ou d’une chute des falaises. L’autre référence est celle de l’Ancien Testament. Ici, le spectateur est confronté à un choix. Il peut ou non prendre les pommes et faire son propre choix. La question est de savoir dans quelle mesure avons-nous le choix. Lorsque quelqu’un nous dit que c’est bon pour nous ou mauvais pour nous, pouvons-nous choisir librement ? De quelle manière sommes-nous affectées par les informations que l’on nous transmet ?

 

SNIEDZE, LettonieIMG_1240

Montagnes

Le Faï est au milieu des montagnes. Elles l’entourent et lui donne de la force. Pour moi, ce fut une expérience très personnelle. Mon travail a été détruit plusieurs fois, créer ici n’a pas été seulement crevant, mais aussi douloureux. Je suis tombée plusieurs, me suis écorchée les genoux. J’ai saigné sur les pierres. J’ai tout donné pour qu’il soit complet. Comme nous faisons tous au Faï.

 

ELA, Allemagne

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photo MSK

Regardez les montagnes en haut. Pouvez-vous voir le mouvement des pierres créé par l’eau ? Cette matière s’est pressée contre les rochers massifs grâce au poids de l’océan. Et maintenant, regardez en bas vers cette profonde vallée. Celle-ci est également l’œuvre de l’eau. Un courant immémorial s’écoule ici et a creusé son chemin dans la roche. Depuis la nuit des temps, l’eau coule jusqu’à l’océan. Pouvez-vous imaginer la force de l’eau ? Dans la montagne, il y a une source qui nourrit chaque jour, chaque nuit, chaque seconde la crique d’eau. Sans fin, toujours et toujours. Comme un « perpeduum mobile ». Mais regardez en bas la crique. Tout est déjà disparu. Asséché ! Où est l’eau ? Qu’arrivera-t-il au paysage de cette vallée si ce courant vital disparaît ?

 

ABDULLAH, ChypreIMG_1244

Le cheval

Ce cheval nous parle de la liberté, de la difficulté que nous avons de briser nos chaînes, de transcender notre égo pour surmonter nos peurs. Malgré les années d’histoires de nos pays, nous ne faisons que passer. Quand j’essaye de me représenter ce qu’est un cheval, je l’imagine libre dans un champ, ses muscles puissants se mouvant au rythme de sa course. Mais ici, mon cheval n’est pas libre, il est emprisonné par les pierres, bloqué. Telle une métaphore de la société, il n’avance plus. C’est à nous de tenter de briser nos chaînes, de nous dépêtrer de notre enlisement. Pour retrouver notre liberté, nous devons sentir la joie de la pleine conscience : être soi-même et totalement présent au monde.

JAN, République Tchèque

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photo MSK

Cette sculpture en forme de nid représente la nature elle-même. Elle reprend la composition particulière du nid : une première couche de rochers, de pierres, une autre d’argile au centre et des branches qui en dépassent. Elle devient ainsi le parfait habitat des êtres vivants et de leurs transformations.

 

 

 

 

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photo Maria José Valenzuel

SERTUNÇ, Chypre

Le cavalier de la rivière

Chaque rivière rejoint la mer,

En ruisseau ou en pluie.

Dans la vie il y a des obstacles

Tu as été jeune, mais maintenant tu as vieilli

Tu es sans doute blessé, cassé comme le vélo.

Mais un jour quelqu’un va venir

Et te traitera bien, te repaireras

Te donneras de l’amour

Et tu seras prêt pour une nouvelle balade à vélo

Un voyage vers tes rêves

Vers un monde nouveau

Chevauche le vélo du torrent

Et suit le courant,

En pluie ou en ruisseau

Chaque rivière rejoint la mer.

RISTO, Finlande

IMG_1248Le Shaman

Le shaman transmet aux élèves qui le suivent son éternelle sagesse, la connaissance de l’unité qui existe entre les hommes, la nature et l’univers entier.

 

 

IMG_1252OVIDIO, Roumanie

Rubic’s Cube

Le Rubic’s cube représente nos vies. Les différentes couleurs incarnent les changements qui se produisent dans nos existences. Dans la nature tout est changeant, tout se transforme. A chaque moment, à chaque saison les lieux et les choses disparaissent et renaissent. Nous devons décider quelles couleurs mettre dans nos vies. Quoi qu’il arrive il faut choisir, sinon tout deviendra gris.

SILVIA, Italie

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photo Maria José Valenzuela

La lampe des papillons

Quand je suis arrivée au Faï, je n’avais pas une idée précise de ce qui allait se passer, mais après une première découverte du territoire, j’ai noté une présence significative des papillons qui m’a beaucoup inspirée.

Les papillons et la présence des câbles électriques juste à côté de là où je me trouvais m’ont inspiré ce projet qui est né petit à petit. Les câbles électriques m’ont fait penser à l’énergie, au soleil, à la lumière d’où l’idée de construire une lampe. Les papillons, qui sont des créatures à l’existence très brève, m’ont inspirée la construction faite de matériel éphémère comme la paille. Le grand papillon mis sur la lampe a une signification un peu shamanique et veut représenter l’esprit qui vole dans la nature.

 

IMG_1256JAN, République Tchèque

Le costume d’astronaute

Ce costume d’astronaute vous permet de détacher votre regard du sentier et de voir la vallée et les falaises en étant pleinement concentré. Vous pouvez alors prendre mentalement une photo et l’inscrire dans votre mémoire pour aujourd’hui ou pour toujours. Grâce au fil élastique retenant le casque, une partie de votre poids est supportée par l’arbre. Vous pouvez ainsi vous sentir comme un astronaute qui vient d’atterrir sur la lune et  qui regarde le paysage pour la première fois. Mais faîtes attention : N’essayez pas de marcher avec. Votre premier pas pourrait être plus grand que vous ne pensez. L’appareil n’est pas fait pour supporter le poids entier d’un être humain.

TEODORA, Roumanie

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photo Maria José Valenzuela

 

 

 

 

 

 

 

ABDULLAH, Chypre

La Chèvre

Le principe de ces ateliers était de créer à partir de rien. Sur le chemin, j’ai trouvé ce morceau de bois qui m’a fait penser à une chèvre. Puis je me suis servi de cette excuse pour me balader dans la nature. Cette création m’a servi de prétexte à la découverte du domaine.

KATA et JANA, République Tchèque

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photo MSK

La légende de Chunacek

Il était une fois deux aliens un peu fous qui décidèrent de venir au Faï car ils savaient que d’autres aliens étaient déjà venus. Lors de leur voyage ils furent si impressionnés par la beauté du paysage qu’ils perdirent le contrôle de leur soucoupe volante en bulle de chewing-gum. Celle-ci alla s’écraser contre la falaise. Ils décidèrent alors de construire quelque chose pour protéger toutes les bulles volantes de tous les aliens venus au Faï. Quoi de mieux qu’une bulle pour protéger des bulles ? Ils choisirent donc cette forme. Pour construire cela, ils avaient besoin d’un bois costaud et malléable à la fois. Pour les fenêtres, ils utilisèrent des lentilles spéciales importées de leur planète d’origine. Ces lentilles appelées « Tche-que », détenaient le pouvoir magique de révéler au terriens la beauté de l’univers. Ils travaillèrent dur, dur et encore plus dur. Lorsqu’ils furent fatigués, ils s’allongèrent dans la prairie et d’un coup ils réalisèrent que seul l’herbe de ce champ pourraient protéger leurs bulles. Au même moment, une odeur enivrante se fit sentir et ils surent qu’ils avaient besoin d’un mélange d’herbes, de plantes et de fleurs pour captiver vos sens et vous amener à vous asseoir dans leur bulle magique. Venez donc, entrez donc dans cet espace et laissez vos sens vous emmener dans un voyage vers la vie.

photo Maria José Valenzuela

photo Maria José Valenzuela

MARIA, Espagne

Fenêtre sur la nature

Quand on a fait le chemin pour chercher l’endroit de notre création, il y avait un arbre dont le tronc se divisait en deux. Quand je l’ai vu, je me suis dit : « c’est là ! ». C’est ce qui m’a appelé à ce lieu. C’est une fenêtre ouverte sur la nature. Mon œuvre pousse les gens à prendre le temps de regarder la nature. Les visages écorchés représentent la structure même de la nature, une structure qui lui est propre et qui est nécessaire au développement de l’environnement.

PAVLINA, République Tchèque

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photo Maria José Valenzuela

Pour créer cette effrayante forêt, j’ai été inspirée par le mystère de cet endroit. Un groupe de trois arbres m’a particulièrement captivée. Ils m’ont fait penser au spectre de la peur, le Bogeyman – un être mythologique.

La statue en face des arbres représente une petite fille qui s’échappe de l’effrayante forêt. Mais il peut également s’agir de Bogeyman lui-même qui tente de fuir et de se jeter sur vous. Chauve-souris et araignées viennent compléter le tableau. Elles volent et rampent jusqu’à vous.

 

KLARA, République Tchèque

Relation entre les hêtres

Les hêtres sont mes arbres préférés. En connectant les hêtres avec des morceaux de laine, je tente de mettre en lumière leur communication. L’idée est de permettre aux visiteurs de visualiser les liens qui existent entre les hêtres, de montrer leurs relations possibles : l’amour, la haine, de petites conversations, une cohésion tribale…Toutes ces informations que l’on peut imaginer, mais que l’on ne peut distinguer à l’œil nu.

 

…MAIS NOUS POUSSONS TOUS SOUS LE MÊME SOLEIL!”

[Propos recueillis et traduits en français par Géraldine Piguet- édition : Agnès André]

Et l’orgue de barde a ri ~ par notre experte en musicologie

In Concerts, Mise en bouche on July 29, 2013 at 6:21 pm
Deux barbus à biceps attelés à leurs machines à faire danser les cours de châteaux

Deux barbus à biceps attelés à leurs machines à faire danser les cours de châteaux

Un nouveau concept est arrivé au FestiFaï cette année : l’after à l’orgue de Barbarie ! Il faut dire que c’est l’instrument idéal pour faire chanter et enchanter l’assistance, qui plus est si Séranne et ses acolytes illuminés lui ont préalablement ravie les oreilles.
Rassurez-vous chers lecteurs, il ne s’agit pas d’un instrument de torture mais bien d’un instrument de musique qui, malgré les apparences, est beaucoup plus compliqué qu’il n’y paraît. L’orguiste (et pas l’orgasme, je vous vois venir avec vos idées mal placées) doit être de préférence barbu et avoir des biceps d’acier (indispensable !). C’est qu’il faut la tourner la manivelle pendant toutes ces chansons ! Le mouvement de rotation effectué par le barbu permet non seulement de dérouler le papier à musique mais également d’activer une soufflerie. Et lorsque l’air ainsi créé vient se loger dans les trous de papier, cela induit un phénomène de dépression qui va lui-même soulever une soupape, laissant l’air s’échapper par un biseau. Et la note est jouée ! L’audience n’a plus qu’à s’égosiller gaiement sur des chansons française de tout poil ou à se lancer dans une valse endiablée entre deux verres de jus de pomme. C’est ce qu’on appelle une soirée réussie !

[par Marie Calvet]

Tout est possible, c’est certain

In Concerts, Entre-vues on July 24, 2013 at 2:58 pm
Souffles [photo Gorkem]

Souffles: Jean-Luc Schwartz et Monica Cofiño après la pluie [photo Gorkem, international volunteer]

Même chanter sous la pluie…

19h, heure de l’inauguration, et c’est le ciel tout entier qui bénit FestiFaï. Il a fallu que les pluies tropicales journalières des Hautes-Alpes viennent s’amuser ricocher à la surface du plan d’eau de Veynes et des parapluies, qui s’ouvrent du coup comme plantes alourdies de rosée au matin. Derrière le subjectif de l’appareil photo d’Hf, on dirait presque une pluie d’étoiles (ou un pare-brise mal nettoyé, c’est selon).

L’incertitude prend à la gorge convives en maillot de bain et surtout collectif d’orga (nisation, pour vous ôter tout doute !) : attendre ou ne pas attendre…Un pian’eau droit au Café du Peuple, c’est tout de même visuellement et auditivement moins excitant qu’un piano flottant…Mais il y a dans le ciel, un amas sombre, réserve remplie prête à nous arroser à nouveau.

Après tergiversations et allers retours entres organisateurs et artistes, Aline –coordinatrice du tout- tue Hamlet dans l’œuf d’une décision bien placée… « J’arrive devant un Jean-Luc Schwartz, grand sourire, ruisselant et tremblotant, lui explique qu’on a le choix de le faire sur le rivage sans aucune sono, et sans hésiter il répond « on y va ! », racontera Philippe Séranne après coup.

« Séranne Séranne, ne vois-tu rien venir ? » déclame donc enfin Jean-Luc Schwartz –capitaine de la soirée- : et soudain la voici la fameuse bête, mise à flots par Voël Martin, « un individu bizarre qui ne tient pas en place » et s’avance vers le rivage où sont déjà revenus les quelques spectateurs aventuriers. Monica accueille d’une danse endiablée les derniers réfugiés qui défilent, sortant des eaux façon Boticelli : ce n’est plus la Vénus mais David, Abdullah, Yoann…Les membres de l’équipe technique ont passé la journée à préparer la sonorisation et assister les répétitions sous le soleil veynois et ses veynards, maintenant bien au large se réchauffant à la lueur réconfortante d’une bière ou deux…

Abdullah sorti des eaux!

Abdullah sorti des eaux!

Quand un des plasticiens s'improvise danseur emporté dans l'élan Monica

Quand un des plasticiens s’improvise danseur emporté dans l’élan Monica

 

Et Patrick Reboud, tel « un viking à bord de [son] drakkar » inaugure cette nouvelle scène, rappelant de tous ses doigts les réfugiés du Bar.

Je veux voir la mer/Faire de la mousse dans ma bière/ Pétarader mon pédalo/ Et recouvrir de sel ta peau  (JL Schwartz)

Et Jean-Luc Schwartz poursuit, des mots qui claquent de sa voix, rebondissent sur nos peaux.

Je vais parler du sel de la terre, de la lumière des astres, de la fulgurance des sentiments, de la beauté des choses, je vais parler de la vie de la vie et du chant, de la vie et de la force de nos poumons et de l’air qui nous emporte, nos chants sont les poumons de la vie, à la vie !

Et Monica, pied qui fouette l’eau, harmonie toute en accents avec le piano.

Et Séranne, à nu littéralement, clin d’œil au trio –Séranne-Schwartz-Seunevel- qui fit naître il y a cinq ans les ferments de FestiFaï…

…deux voix complices s’éloignant petit à petit du rivage: « Nos vies sont des bulles d’air/ Des bulles flottant dans l’air/ Des chants énamourés, du vent… »

Premier concert qui a failli partir à vau l’eau, le voilà improbablement saisi à la volée par la poésie de l’instant : “It was really funny and really different” (Maria). Et demeurant, cette « image du piano qui part, très poétique” : voilà, au FestiFaï, « pourquoi on fait les choses ».

Côté public

Côté public [photo Gorkem]

"Je veux voir la mer" Jean-Luc Schwartz et Philippe  Séranne [photo Les Rives du Lac]

Côté scène: “Je veux voir la mer” [photo Les Rives du Lac]

Et hop Hf attrape Jean-Luc Schwartz au détour d’un bol de crackers et d’une bolée de kir offerts par le Camping et le Bar du Plan d’eau…

Hf : Est-ce que c’est la première fois que tu joues sur piano flottant, quel effet ça fait de jouer sur un tel instrument?

J-L Schwartz : Ah oui, le piano flottant c’est la première fois, c’était vraiment incroyable. Je trouve cet endroit formidable, cette idée extraordinaire, donc oui bien sûr c’est la première fois.

Hf : Et finalement le texte que tu as dit au tout début, on avait l’impression qu’il était fait pour cette météo capricieuse…

Oui ça collait, enfin c’était surtout quelque chose que j’avais envie de dire, quelque chose que je m’étais mis dans la tête, mais où j’improvise sur un thème. Et après j’ai été un peu saisi par les évènements, donc ça a été tiré par ce qu’on venait de vivre.

Hf : Tes chansons ont quelque chose de très sensuel. J’ai vu que tu avais participé à un projet avec de la danse. Est-ce que c’est de là que te vient ce côté très charnel ?

Non, je pense que j’ai envie de faire de la danse parce que ça m’intéressait plutôt dans l’autre sens. C’est parce que le travail sur la voix, c’est toujours un travail sur le corps. Je suis donc convaincu que le chant est quelque chose qui remplit, qui fait mettre le corps en ébullition et qui demande de faire un travail sur le corps aussi de toutes façons. On ne peut pas chanter sans faire ce boulot-là. Du coup j’ai envie de danser même si je ne sais pas danser. Et je fais un boulot avec une danseuse que j’adore parce que j’ai envie de danser et je sens que c’est le même chemin.

Hf : En parlant de danse, comment s’est passée la cohabitation/collaboration sur le pian’eau flottant avec Monica ? Est-ce que ta musique a influé sur sa danse et vice-versa ?

Je ne connaissais pas Monica, elle ne me connaissait pas non plus. Et Philippe [Séranne, chanteur à FestiFaï] avait envie de nous brancher ensemble, et moi ça m’intéresse beaucoup de faire des choses comme ça au flair et à la rencontre et visiblement Monica est comme ça aussi, très spontanée. On savait que ça allait fonctionner donc on a répété pas beaucoup ! Et d’ailleurs elle est là, tu peux lui poser la même question en anglais !

Hf: How did you feel the performance with Jean-Luc Schwartz on the piano?

Monica: How I felt it? In English or Spanish? [rires] It was good. We met today, maybe he said the same, but there was something in the song that when I first listened it, it became very quick, so I just had the confidence it was going to work, because you hear it and you see…we had two or three rehearsals, but I kept listening for the piano on this little space. It was more improvisation what I could do in the space and with the water feeling also. So something for my feet was coming from the water sensation and with my hands I worked with the piano’s music notes.

Sourires [photo Suzanne G.]

Sourires [photo Suzanne G.]

One ne parle pas assez du Foulon! ~ par notre correspondante spéciale

In Mise en bouche on July 23, 2013 at 12:14 pm
Ça swingue non-stop au Foulon!

Ça swingue non-stop au Foulon! [photo Marie Calvet]

Le Fou Long ? C’est qui celui-là ? Mais non pas le Fou Long, le FOULON. Ben voui, le Faï par ci, le Faï par là mais détrompez-vous, si toutes les routes mènent (et surtout montent) au Faï, bon nombre d’entre elles s’arrêtent à Veynes ! D’ailleurs, si vous n’êtes pas au courant, pour cause de subventions peu généreuses, il n’y a pas de résidence au Faï cette année. Les artistes se retrouvent donc un peu éparpillés dans l’hostile contrée haute-alpine, et certains ont atterris au Foulon ! (et oui encore lui)

Chères lectrices, chers lecteurs, laissez-moi donc vous présenter ce petit coin de paradis veynois.

Traversez Veynes, quittez la nationale pour rejoindre la route qui longe le Buëch, et lorsque votre œil aguerri rencontre un piano incongrûment perché dans un platane, c’est que vous êtes arrivés à destination ! N’ayez pas peur, approchez-vous, tout le monde est déjà attablé dans le jardin devant salade de lentilles et tome de brebis du Devoluy (miam!).

 

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Vue dessous-dessus: piano sur platane via serre de basilic baï naïte

Mais c’est qui tous ces gens ? D’abord il y a Philippe et Aline, les maîtres de maison, un peu survoltés en ce temps de festival (« non de non, mais il n’a pas bientôt fini de sonner ce téléphone???!!! ») mais toujours disponibles pour partager des expériences, un bon repas, un café artisanal (« ils m’ont piqué ma cafetière !!! » se défend Aline avec humour), ou pour échanger un sourire complice. Continuons notre tour de table : on y trouve des musiciens, un accordeur de piano, quelques bénévoles, une danseuse (que dis-je LA danseuse), l’inventeur du pian’eau flottant, des amis, des poules, une oie (Agathe pour les intimes) et un vieux coq qui n’a pas trop les pendules à l’heure… Certains ne font que passer. Mais que ce soit quelques heures ou plusieurs jours, tout ce beau monde apporte son petit grain de sel et veille au bon fonctionnement de la maisonnée, et surtout (calendrier oblige) du Festi’Faï !

Aujourd’hui, lundi 22 juillet, l’équipe Séranne est arrivée pour des jours de répétition acharnée, les fourneaux ont marché à plein régime pour nourrir les ventres affamés et le rad’eau du pian’eau a été monté en avant-première avec l’aide de toutes les petites mains foulonnaises. Mais après une rude journée de labeur, on oublie la pluie en écoutant dans le salon les musiciens caresser leurs instruments et on admire Monica qui ondule avec grâce au rythme des notes qui s’égrènent dans la nuit…

Et oui, il s’en passe des choses au Foulon ! Ça donne envie, non ?

 

[Un article écrit par Marie Calvet, notre correspondante infiltrée insidieusement au Foulon…]

 

…et le piano alors s’envola…

In Mise en bouche on July 17, 2013 at 7:11 pm

« Il y a deux attitudes : notre culture de l’écrit où on assiste à un évènement et on en montre les photos, et où probablement un type avec une plume écrira « et le piano, alors, s’envola dans les airs… » *geste ample de la main, regard qui le suit et se perd lyriquement vers le ciel déclinant de ce mardi seize juillet deux-mille treize*. Et une culture de l’oral, où le type raconte. »

(De retour au Faï, François me demandant les photos du fameux envol de piano)

 

HOrS-foRmAt (HF pour les intimes) vous conte le tout, à l’écrit…

Se faire photographier devant un rideau de vélos volants: la classe internationale

Se faire photographier devant un rideau de vélos volants: la classe internationale

 

Ciel bleu, soleil. Mardi 16 juillet et 16ème étape du Tour, 8h du matin, route principale de Veynes.

Pendant que le chaland patiente à l’ombre d’un soleil à vous griller net la cuisse sans même besoin du barbecue de la CGT installée sur le trottoir d’en face ; il y a Michel, Jean-Mi, Philippe et puis Aline, pas à bicyclette comme le chante Yves Montand mais plutôt montant vivement (sans chanter mais enchantés) des bicyclettes sous le piano perché du FestiFaï – ce fameux piano bleu qui depuis 3 ans maintenant grimpe chaque été aux arbres veynois en l’honneur du festival –. en une voile de vélo, pianos, trottinettes, cymbales, accordéons, roues et autres objets volants tout à fait identifiés…

 

Le pouvoir du langage

Né d’un mot bien tombé au bon moment (et dans la bonne oreille), l’idée de faire défier la gravité à ces instruments d’ô-delà atteint d’un coup de pédale n’a pas eu besoin de neuf mois pour voir le jour. Sur évocation du passage des pianos perchés au JT pour l’étape veynoise du Tour 2011 lors d’une présentation de FestiFaï 2013 au Dauphiné Libéré, le projet a finalement grandi en moins d’une semaine : pas le temps de tester l’installation, on improvise sur place car« FestiFaï : c’est hors-format ! ».

 

Michel l'envoleur de pianos vue d'une cymbale

Michel l’envoleur de pianos vue d’une cymbale

 

 

 

l'infernal objet et ses auteurs: (très) gros plan

l’infernal objet et ses auteurs: (très) gros plan

 

 

Objets prêts au décollage

Objets prêts au décollage

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bleu Azur...

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Alors, c'est qui qui y est le plus bleu? Le piano FestiFaï est un grand joueur, il aime mettre les éléments au défi...!

Alors, c’est qui qui y est le plus bleu? Le piano FestiFaï est un grand joueur, il aime mettre les éléments au défi…!

 

 

L’ombre d’un piano qui s’éloigne lentement au sol. Rayons de soleil et rayons de roues s’alignent. Il est midi.

4h et l’équivalent de 800kilos liés à la ficelle – composés de 13 vélos, 2 trottinettes et 2 pianos, 4 cymbales, 1guitare, 2 accordéons, un condor rouge et or de papier, 2 tambours, quelques roues et une banderole – plus tard, on hisse enfin haut la voilure de FestiFaï suspendue au bras-grue du camion de Michel, charpentier et envoleur de pianos de son état.

 Philippe : « J’aime bien regarder le Tour de France, mais seulement à l’ombre d’un piano »

 

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La Caravane passe et on n’crie pas, on lève les bras pour la lessive Xtra

On aurait presque envie de chanter « Tu t’envoles » de Peter Pan, mais les p’tits hommes verts de PMU montés sur faux canassons auraient peut-être été vexés qu’on leur pique leur couleur, allez savoir…Il est 14h maintenant et la Caravane passe avec acclamations : sur la route, le spectacle commence enfin.

Monte décrocher le Soleil,
Rêve dans un demi-sommeil,
Tourne, tourne dans le vent,
Surplombant la planète argent,
Décolle et batifole,
Tu t’envoles, Tu t’envoles, Tu t’envoles

 

[Tu t’envoles- Peter Pan, adaptation spéciale Tour de France/FestiFaï]

Le Capitaine Crochet

Le Capitaine Crochet [photo by Aline]

Pendant plus de 30 minutes on collecte saucisson, lessive, chapeaux, porte-clefs, madeleines, bonbons, journaux, sirop, choses non identifiables au son de « give me everything tonigth » et « ils m’entraîneeent au bout de la nuit, les démons de minuit » (ah la bicyclette d’Yves Montand est décidément bien loin)… Entre cochonou et courtepaille, le ministère de l’intérieur en voitures de police nous fait même un p’tit coucou.  La récolte est en tous les cas fructueuse, mais toujours point de deux roues à l’horizon, ni d’ailleurs de caméra…

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Michel et courtepaille

Philippe qui s'en met plein les poches

Philippe, organisateur de cette FestiFaïllite qui s’en met plein les poches!

Picsou passe devant la pompe à pognon créée pour l'occasion...

Picsou passe devant la pompe à pognon créée pour l’occasion…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« il vous aurait fallu un gros logo PMU et c’était bon » (Hugo)

Certains chars s’arrêtent tout de même entre deux lancers de madeleine ou de lessive  dont Courtepaille qui nous gratifie d’un « ça fait plaisir de voir les artistes qui s’impliquent aussi » ou de Belin « Et regardez l’architecture, c’est sublime, allez les Veynois tous les mains en l’air ! ». Et de repartir de plus belle : « give me everything tounaïite ».

Du grand spectacle, on vous dit.

 

 

Pris sur le fait en train de nous photographier!

Un paparazzi nous mitraille entre deux lancers de madeleine

 

Les trains, les sons et les couleurs se répondent : nouvelles correspondances

Et les coureurs dans tout ça? Les trains défilent, mais niveau vélo c’est toujours zéro. Heureusement une équipe de volontaires descendue en renfort de la Ferme du Faï –haut-lieu du festival- nous chauffe le public au son d’une composition percu déchaînée…

Et là, enfin ! Le peloton débarque : c’est joli avec la vitesse ça fait l’effet d’un tableau impressionniste. D’ailleurs 2 secondes plus tard, notre œil est rendu au gris du bitume et au bleu du ciel. Quinze minutes après, on a le droit à deux secondes de bonus roulant. Et puis, plus rien.

La route vide, grand désert sous le chaud soleil des Hautes-Alpes, semble soudain nous faire signe : c’est qu’il est temps d’aller boire une bière bien fraîche au Pmu du coin se remettre de ces émotions sportives !

FestiFaï pendant ce temps ne chôme pas et descend sa voile : elle se lèvera mardi prochain sur une véritable embarcation cette fois, le piano flottant de Voël et une envolée d’émotions quelque peu plus musicales…

 

IMG_7628IMG_7650[Photo by Christi]

Remerciements éternels à Véronique O., qui d’un mot a fait naître cette idée de bric-et-de broc et tout à fait « sublime » (Belin).