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Détournement de pianos: le coupable pris sur le fait

In Entre-vues on July 24, 2013 at 3:44 pm

Alors que Hf se trouve en plein reportage à l’Auberge de la Tour, la voilà qui tombe brutalement sur Voël Martin, café à la main, supervisant de loin les techniciens affairés…

 

Comment t’es venue l’idée de détourner des pianos et de les mettre dans des situations pas possibles ?

Je faisais du piano chez moi, et j’avais le vieux piano de mes parents qui traînait dans un garage. Un jour, je l’ai amené à Aix en Provence et on a commencé à faire la manche dessus, j’ai donc appris les techniques pour déplacer un piano droit. Puis on a voulu passer sur un piano à queue, on l’a mis dans la rue…alors c’est compliqué à transporter un piano à queue : il faut le basculer, le mettre sur un chariot, il faut enlever les pieds et la lyre [ici : ce qui tient les pédales], puis il faut le rebasculer, remettre les pieds, remettre la lyre. Et là, on nous a directement demandé de nous déplacer : les forces de l’ordre nous ont dit que ce n’était pas possible de jouer à cet endroit avec ce fameux piano à queue. On était donc 10 à le porter et à le déplacer de 100 mètres pour jouer tranquillement. Du coup, on a essayé de trouver des solutions plus simples pour le déplacer : on l’a mis sur roues. Puis ensuite on a voulu faire des concerts dans les arbres, puis sur l’eau. A chaque fois, c’est parce que l’on trouvait des lieux incroyables qui nous plaisaient énormément.

Hf : Donc cette idée est plutôt née à partir des lieux que vous avez rencontrés ?

Oui à partir des lieux, mais aussi à partir de cette idée de sortir de la salle de concert où viennent uniquement des “gens de bonne famille”, pour les mettre dans des lieux où tout le monde passe et où tout le monde a envie de jouer sur ce piano.

Hf : Et vous avez encore des idées de détournement de piano ?

L’année prochaine on va jouer au fond d’une piscine avec un piano. Et on prépare aussi un piano qui fait des massages, chaque note étant reliée à une petite boule qui masse. En principe ça ne sera que massage de crâne mais selon la musique jouée, cela fera un massage particulier..

Hf: Intéressant…J’ai hâte!

[propos recueillis par HOrS-foRmAt appréciant fort la vie de château de l’auberge]

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Tout est possible, c’est certain

In Concerts, Entre-vues on July 24, 2013 at 2:58 pm
Souffles [photo Gorkem]

Souffles: Jean-Luc Schwartz et Monica Cofiño après la pluie [photo Gorkem, international volunteer]

Même chanter sous la pluie…

19h, heure de l’inauguration, et c’est le ciel tout entier qui bénit FestiFaï. Il a fallu que les pluies tropicales journalières des Hautes-Alpes viennent s’amuser ricocher à la surface du plan d’eau de Veynes et des parapluies, qui s’ouvrent du coup comme plantes alourdies de rosée au matin. Derrière le subjectif de l’appareil photo d’Hf, on dirait presque une pluie d’étoiles (ou un pare-brise mal nettoyé, c’est selon).

L’incertitude prend à la gorge convives en maillot de bain et surtout collectif d’orga (nisation, pour vous ôter tout doute !) : attendre ou ne pas attendre…Un pian’eau droit au Café du Peuple, c’est tout de même visuellement et auditivement moins excitant qu’un piano flottant…Mais il y a dans le ciel, un amas sombre, réserve remplie prête à nous arroser à nouveau.

Après tergiversations et allers retours entres organisateurs et artistes, Aline –coordinatrice du tout- tue Hamlet dans l’œuf d’une décision bien placée… « J’arrive devant un Jean-Luc Schwartz, grand sourire, ruisselant et tremblotant, lui explique qu’on a le choix de le faire sur le rivage sans aucune sono, et sans hésiter il répond « on y va ! », racontera Philippe Séranne après coup.

« Séranne Séranne, ne vois-tu rien venir ? » déclame donc enfin Jean-Luc Schwartz –capitaine de la soirée- : et soudain la voici la fameuse bête, mise à flots par Voël Martin, « un individu bizarre qui ne tient pas en place » et s’avance vers le rivage où sont déjà revenus les quelques spectateurs aventuriers. Monica accueille d’une danse endiablée les derniers réfugiés qui défilent, sortant des eaux façon Boticelli : ce n’est plus la Vénus mais David, Abdullah, Yoann…Les membres de l’équipe technique ont passé la journée à préparer la sonorisation et assister les répétitions sous le soleil veynois et ses veynards, maintenant bien au large se réchauffant à la lueur réconfortante d’une bière ou deux…

Abdullah sorti des eaux!

Abdullah sorti des eaux!

Quand un des plasticiens s'improvise danseur emporté dans l'élan Monica

Quand un des plasticiens s’improvise danseur emporté dans l’élan Monica

 

Et Patrick Reboud, tel « un viking à bord de [son] drakkar » inaugure cette nouvelle scène, rappelant de tous ses doigts les réfugiés du Bar.

Je veux voir la mer/Faire de la mousse dans ma bière/ Pétarader mon pédalo/ Et recouvrir de sel ta peau  (JL Schwartz)

Et Jean-Luc Schwartz poursuit, des mots qui claquent de sa voix, rebondissent sur nos peaux.

Je vais parler du sel de la terre, de la lumière des astres, de la fulgurance des sentiments, de la beauté des choses, je vais parler de la vie de la vie et du chant, de la vie et de la force de nos poumons et de l’air qui nous emporte, nos chants sont les poumons de la vie, à la vie !

Et Monica, pied qui fouette l’eau, harmonie toute en accents avec le piano.

Et Séranne, à nu littéralement, clin d’œil au trio –Séranne-Schwartz-Seunevel- qui fit naître il y a cinq ans les ferments de FestiFaï…

…deux voix complices s’éloignant petit à petit du rivage: « Nos vies sont des bulles d’air/ Des bulles flottant dans l’air/ Des chants énamourés, du vent… »

Premier concert qui a failli partir à vau l’eau, le voilà improbablement saisi à la volée par la poésie de l’instant : “It was really funny and really different” (Maria). Et demeurant, cette « image du piano qui part, très poétique” : voilà, au FestiFaï, « pourquoi on fait les choses ».

Côté public

Côté public [photo Gorkem]

"Je veux voir la mer" Jean-Luc Schwartz et Philippe  Séranne [photo Les Rives du Lac]

Côté scène: “Je veux voir la mer” [photo Les Rives du Lac]

Et hop Hf attrape Jean-Luc Schwartz au détour d’un bol de crackers et d’une bolée de kir offerts par le Camping et le Bar du Plan d’eau…

Hf : Est-ce que c’est la première fois que tu joues sur piano flottant, quel effet ça fait de jouer sur un tel instrument?

J-L Schwartz : Ah oui, le piano flottant c’est la première fois, c’était vraiment incroyable. Je trouve cet endroit formidable, cette idée extraordinaire, donc oui bien sûr c’est la première fois.

Hf : Et finalement le texte que tu as dit au tout début, on avait l’impression qu’il était fait pour cette météo capricieuse…

Oui ça collait, enfin c’était surtout quelque chose que j’avais envie de dire, quelque chose que je m’étais mis dans la tête, mais où j’improvise sur un thème. Et après j’ai été un peu saisi par les évènements, donc ça a été tiré par ce qu’on venait de vivre.

Hf : Tes chansons ont quelque chose de très sensuel. J’ai vu que tu avais participé à un projet avec de la danse. Est-ce que c’est de là que te vient ce côté très charnel ?

Non, je pense que j’ai envie de faire de la danse parce que ça m’intéressait plutôt dans l’autre sens. C’est parce que le travail sur la voix, c’est toujours un travail sur le corps. Je suis donc convaincu que le chant est quelque chose qui remplit, qui fait mettre le corps en ébullition et qui demande de faire un travail sur le corps aussi de toutes façons. On ne peut pas chanter sans faire ce boulot-là. Du coup j’ai envie de danser même si je ne sais pas danser. Et je fais un boulot avec une danseuse que j’adore parce que j’ai envie de danser et je sens que c’est le même chemin.

Hf : En parlant de danse, comment s’est passée la cohabitation/collaboration sur le pian’eau flottant avec Monica ? Est-ce que ta musique a influé sur sa danse et vice-versa ?

Je ne connaissais pas Monica, elle ne me connaissait pas non plus. Et Philippe [Séranne, chanteur à FestiFaï] avait envie de nous brancher ensemble, et moi ça m’intéresse beaucoup de faire des choses comme ça au flair et à la rencontre et visiblement Monica est comme ça aussi, très spontanée. On savait que ça allait fonctionner donc on a répété pas beaucoup ! Et d’ailleurs elle est là, tu peux lui poser la même question en anglais !

Hf: How did you feel the performance with Jean-Luc Schwartz on the piano?

Monica: How I felt it? In English or Spanish? [rires] It was good. We met today, maybe he said the same, but there was something in the song that when I first listened it, it became very quick, so I just had the confidence it was going to work, because you hear it and you see…we had two or three rehearsals, but I kept listening for the piano on this little space. It was more improvisation what I could do in the space and with the water feeling also. So something for my feet was coming from the water sensation and with my hands I worked with the piano’s music notes.

Sourires [photo Suzanne G.]

Sourires [photo Suzanne G.]