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Autopsie collective: what is “Chanson Française” exactly?

In Entre-vues on August 1, 2013 at 12:10 am

Que le premier qui répond Edith Piaf…

FestiFaï, festival d’art et de chanson française en pleine nature/ Le Faï : lieu d’accueil de chantiers internationaux, où l’on ne sait parfois plus quelle langue employer…Certains trouveront peut-être étrange d’avoir inventé un festival de chanson française – ou francophone- dans un lieu on ne peut plus international que le Faï, mais à vrai dire, est-ce vraiment contradictoire ?

 

Quelle drôle de question, comme dirait François (encore lui le bougre !) 

 

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Au Café-chanson du vendredi 26 juillet

SNIEDZE, Lettonie – Grundtvig, propos recueilli presque sous la douche

We were at one of the concert, and there was a song which one girl was translating to me. I understood that the French songs are really really different from other songs, because they have really strong backgrounds and the story in it: you can listen the piano of course it’s beautiful, but the main thing is in the words. That’s what I have noticed and understood about French songs: they are like stories of life, it’s not just one simple story who’s like old time’s saying again and again, it’s like continuing while the song is going forward. […] It’s more deeper, the talk is more deeper, the background and how maybe they have been written or who is written it. Because here, the songs at the Faï, there are concentrated on backgrounds. I don’t know if it’s like all France, but mainly here, it’s all about the text.

 

SUZ’, France- en mission spéciale au Faï

Ben tout bêtement, c’est de la chanson avec des paroles en français, parce que c’est tellement large, ça peut regrouper tellement de trucs… Tout de suite, tu penses à…enfin moi je pense à Edith Piaf, les grands classiques, et…je vois aussi beaucoup de merde je dois l’avouer ! Et en même temps t’as des textes, des artistes comme on en rencontre au Faï : des textes plus recherchés, plus de blagues, parfois un peu plus axés sur la musique par exemple avec Philippe Séranne, un peu plus rock. Mais je ne sais pas, ça regroupe trop de choses… C’est un phénomène mystérieux !

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Jérôme

LUC, France- chargé de l’accueil du Faï et de beaucoup d’autres choses, attrapé au vol une bassine de linge sous l’bras, un verre à jeter dans l’autre

… la chanson française…C’est très varié… J’ai découvert à FestiFaï des artistes qui écrivaient leurs propres textes. On en connait des artistes qui sont réputés, du Brassens du Brel, mais là ça a permis de m’ouvrir l’esprit sur des personnes qui font un peu la même chose, mais à un niveau peut-être plus local. Après, j’aurais tendance à y inclure aussi d’autres groupes comme Tryo ou Les Ogres de Barback qui ont beau avoir des univers différents, ou peut-être qui utilisent les instruments de manière différente avec un côté peut-être plus festif pour certains, pour moi ça reste aussi de la chanson française. La chanson française, il y a du texte avec du sens, de la poésie, du rythme, des rimes. En fait ça doit être dans le contenu, ça a du sens, les gens peuvent aussi l’utiliser pour exprimer des idées, des idéaux qu’ils ont envie de partager. Et ce sont des gens qui réfléchissent à leurs textes. Mais finalement, j’aurais tendance même peut-être à inclure des artistes de slam ou de rap, je suis sûr qu’il y en a certains qui ont un texte intéressant que j’inclurais comme chanson française, à mon sens. Même si cela a été divisé en différentes sections, pour moi ça en fait partie aussi.

 

Didier et Pascal, Belgique et France- chanteurs, sirotant leur café dans l’ombre de la salle à manger

Didier : C’est une grande question existentielle… Je suis bien en peine de répondre à une question pareille, je n’en sais rien du tout.

Pascal : Il y a le titre d’une chanson de Sarcloret qui pourrait répondre à ça, qui s’intitule « joli foutoir »…

Didier : je dirais…un étrange prétexte culturel…un besoin de cloisonnement culturel assez inquiétant. Je n’veux pas que tout l’monde fasse du Rihanna mais c’est chiant de cataloguer les musiques, c’est complétement con quoi. Donc voilà, chanson française : prétexte. […]En tous cas je ne voudrais pas être catalogué chanson française, ou catalogué tout court, ça m’rappelle les camps.

 

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Suzanne et Sniedze

FRANCOIS, Marseille (en France, sisi)  – en pleine activité mystérieuse dans les bureaux du Faï

On ne devrait pas se poser la question, c’est ça ma réponse. C’est comme si on disait « qu’est-ce que vous pensez de la musique française » : c’est tellement varié, c’est plutôt quelque chose qui existe, qui a une fonction, et qui bouge… qui a été, qui est, qui sera différente, donc c’est…je sais pas…c’est tout ce que j’ai trouvé pour échapper à la question, c’est un peu juste j’le r’connais mais je ferai mieux la prochaine fois [c’est noté nyeknyek !].

 

RISTO, Finlande – Gruntdvig au petit-déj

I’m sorry but I don’t really get what is your question.

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Philippe et ?

MARIE, France – experte en musicologie et barbus à biceps, attendant le début de son stage de chant avec une autre Marie

C’est, je pense, le texte, le côté engagé français, tu vois. Ailleurs il y a beaucoup de chansons traditionnelles qu’il y a aussi en France, avec des textes anciens ou alors sinon l’espèce de pop qu’il y a un peu de partout, qui est l’influence américaine, mais il y a peu ce côté vraiment « écrire le texte et faire une musique qui accompagne le texte », plutôt que de faire une musique et ensuite quelques paroles un peu bateau derrière : écrire le texte, une poésie qu’on va mettre en musique, j’ai l’impression que c’est vraiment typique de la France. Il y a beaucoup de nouvelle scène française qu’il n’y a pas vraiment ailleurs où l’on reprend plutôt des chants traditionnels.

 

Polyphonambuliste au patronyme inconnu, France- attablée à l’ombre d’un tilleul

La chanson française elle date un peu. C’est surtout Brassens pour moi. […] J’aime beaucoup les textes, quand il y a des beaux textes. J’ai écouté par exemple le dernier disque de Maxime Leforestier. J’aime bien faire des découvertes aussi : j’ai découvert Cali, il y a un moment maintenant. […] La chanson française, maintenant, je l’écoute peut-être plutôt par mes petits-enfants qui retrouvent des textes comme Nino Ferrer… je connais surement des chanteurs contemporains mais là je n’ai pas de noms en tête.

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Ela et David

VANINA, France – chanteuse, en route pour une séance de travail musicale

Olala vaste sujet la chanson française…qu’est-ce qu’elle était, qu’est-ce qu’elle est, qu’est-ce qu’elle va devenir… la chanson francophone, voilà, c’est faire passer notre culture, que ce soit celle d’aujourd’hui, celle d’hier. Pour moi la musique n’a pas de frontières non plus. Alors c’est vrai qu’on met un peu des étiquettes : « chanson française », autrefois on appelait ça la « chanson rive gauche », ça évolue. Toutes les musiques se mélangent, elles peuvent très bien mettre des mots en français sur des musiques qui vont du swing au blues au rock, et moi j’essaye de casser les frontières aussi entre les genres. C’est parce que on nous enferme un petit peu comme si c’était un vieux truc, comme si on lui disait « allez dégage ! ». Et ici on a le paysage aussi, qui est extraordinaire et qui nous pousse à essayer d’être à la hauteur de ces montagnes, de faire quelque chose de beau quoi. Petite citation de Prévert : « Beauté souvent j’emploie ton nom et je travaille à ta publicité, Beauté je ne suis pas le patron je suis ton employé. » On est là ce soir pour essayer de partager des moments de beauté.

 

NADIA, France – fidèle du FestiFaï, entre deux coups de balai…

Gainsbourg. Hf : C’est tout, c’est ton dernier mot ?. Attends j’vais réfléchir…au r’voir Agnès ! Et entre deux autres coups de balai : c’est la culture, les émotions !

 

Pascal Mathieu et Didier Odieu

Pascal Mathieu et Didier Odieu

DANIELA, Allemagne – membre du Land Art « Grundtvig », assise au soleil, attendant que les autres membres du G. émergent de leur longue nuit

I really like that French people sing so much in French, which is pretty new in Germany, I think. I don’t understand the lyrics at all, but it always sounds beautiful because French sounds for me really nice, and I really like, yesterday, that so many people were brave to sing. It was a wonderful evening, I could get a part of the lyrics and laugh a bit, but at the end I just enjoyed the music. Whereas in Germany it’s mainly the music made for these elderly people, Volksmusik, with swinging together… but in the last years it came some modern groups who start singing in German, but it is still new. My imagination is that French people like to sing in their own language, and in Germany, people always try to sing in English because it sounds more modern or whatever…

 

FRANCESCA, Italie- volontaire long terme, les mains dans la pâte à pizza

C’est quelque chose d’assez…sérieux, dans le sens où il y a de la réflexion derrière. Après ça peut être drôle, des textes un peu absurdes dès fois, mais il y aura quand même du sens derrière. Et je trouve que la musique est plutôt simple : même si la « partition », la musique utilise plusieurs choses, il n’y a pas l’harmonie qu’il y a dans d’autres types de musiques où il y a plusieurs instruments tous ensemble qui vont former vraiment le cadre, je trouve que la chanson française c’est vraiment le texte ou la voix. Au château de Montmaur pour le concert de Philippe Séranne, à mon avis, – bon je ne connais pas trop la chanson française-, mais j’ai eu l’impression que c’était moins de cela : si tu isolais Philippe c’était de la chanson française mais avec les instruments tout autour c’était une autre chose, c’était super, vraiment vraiment beau. Mais après je pense que tous les genres peuvent se mélanger entre eux, du coup, il y a une évolution, un mélange avec d’autres genres.

 

Jonathan

Jonathan

JÉRÔME, France – artiste et guide du G. en train d’entamer une bolée de cornflakes monumentale

La chanson française…je sais pas, j’aime autant être surpris par ce que je trouve ici parce que franchement j’n’ai pas d’idées sur la chanson française, non aucune idée, à part ici, j’en écoute jamais en fait c’est aussi simple !

 

CLARA, République Tchèque – membre du Grundtvig au détour d’un chemin (celui de la cuisine probablement)

I like how every one of you like to sing, a lot of people wanted to take part yesterday in the concert. I feel that you, French people, love music, it’s some part of you, it’s normal to share it with the others. It’s not like in the Balkans, everybody sings with big enthusiasm, it’s something more quiet but still.

 

Géraldine

Géraldine

EVA, Corée-volontaire internationale, coupant des tomates pour le déjeuner

Actually before I came here, I knew few French songs like “Champs-Elysées”, it’s quite famous around the world, so I thought “chanson” is more like really slow and something like a thin voice [chante façon Carla bruni très aigu: “aaah champs élysées”], something like this, almost like classical music. I thought it’s kind of boring, it’s more like classical, it’s not funny it’s not quick. But after I went here, I listened to a lot of chansons and I thought I had wrong opinion before, because the first concert [of the festival] for example I couldn’t understand at all but it was humorous and the songs were not just slow and sad songs, it was quite quick and people laughing, they could sing all together. I love some songs that everyone can sing together, in a harmony. And yesterday, I sang a Korean song because chanson it’s kind of special in France, and I  wanted to show something special in Corea like not pop, rock or something all around the world, that kind of music that is special in Corea and that I wanted to show and share with everyone.

 

OLIVIER, France – chanteur, fumant une clope alors qu’il devrait être en répét’ le vilain

La chanson, c’est quoi la chanson ? pourquoi, t’as deux ou trois heures là ? [rires]

 

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 [un micro-trottoir sans trottoirs inspiré par Francesca]

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« Faire tout avec rien » pour que la beauté ne fasse pas faillite

In Concerts on July 31, 2013 at 11:38 pm
"La chorale du Buëch" par Didier Odieu

“La chorale du Buëch” par Didier Odieu: bel ensemble!

Non, « faire ensemble par-delà les cultures » n’appartient pas à une quelconque utopie. Malgré la perte des ¾ de ses subventions, FestiFaï, festival de chanson hors-format et d’art en pleine nature- est parvenu même cette année à faire jaillir de rien le tout, à saisir la beauté d’un instant, à faire jaillir des bulles de son bouillonnement. Dépourvu de sa résidence de création, «l’âme du festival » qui offrait toutes les conditions nécessaires à la réinvention, au renouveau, autrement dit à la création ; FestiFaï s’est pourtant trouvé d’autres voix, celles de la « passion et la solidarité », celle d’une « céleste bidouille qui fait pétiller l’œil de l’enfant ».

« Faire ensemble », c’est p…as si simple !

 C’est sur ces mots prononcés par François Pecqueur, qu’a débutée la soirée de clôture de l’édition 2013 du festival, ce samedi 27 dernier au sein du Théâtre de verdure du Faï gradins de pierre et d’herbe, étoiles jouant avec les projecteurs, eau bleue pour seule scénographie de ce co-plateau. Et un challenge : « Je n’ai jamais joué dans de telles conditions, converse Olivier l’Hôte en anglais avec l’un des jeunes volontaires du lieu, dans cette contrainte de temps, sans mes musiciens…les musiciens ont dû répéter 25 chansons que pour la plupart ils ne connaissent pas ». En dix heures de temps, catapultés dans un lieu quelque peu détonnant (La Ferme du Faï, lieu d’accueil de chantiers internationaux), les artistes ont dû composer une scénographie ensemble constituée d’un choix de textes de chacun des chanteurs, exercice qui semble demander  plus que des qualités de musicien : « il fallait un « dictateur », quelqu’un qui puisse prendre des décisions rapidement”, commente Jonathan Mathis, arrivé le samedi midi banjolélé sous la main et lunettes de soleil sur le nez (jusque-là rien de plus normal !), tout à fait détendu mais efficace !

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Didier Odieu, Olivier l’Hôte, Philippe Séranne, Vanina Michel

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Jonathan Mathis, Philippe Séranne et Olivier l’Hôte

Jonathan Mathis et Mickaël Paquier

Jonathan Mathis et Mickaël Paquier

« It’s all about the text »

Le ton oscille sur le thème de la (festi)faillite, ce qui n’empêche la rage de rire, de sourire, d’envoyer tout valser sauf rêve et élan: « j’ai envie de danser aussi » s’écrie ma jeune voisine lorsqu’une sirène – Monica Cofiño, danseuse espagnole – entre dans l’eau bleutée accordée à la voix d’Olivier l’Hôte. Le vent feuillette les partitions.  Pascal Mathieu, nous susurre des poèmes d’amour saignants à souhait, tout crus et croustillants. Didier Odieu, beaucoup plus digeste et non moins savoureux avec un Philippe Séranne très engagé orchestrent tour à tour le show. Vanina Michel, enfin, « déclare l’état de bonheur permanent ». Les textes retentissent : « je ne sais pas si c’est le cas pour toute la chanson française, mais ici, au FestiFaï, c’est au niveau du texte que tout se joue » perçoit Sniedze, venue de Lettonie pour la résidence Land Art du festival. Mais on ne laisse pas l’histoire sans rythme : Jonathan Mathis, dionysos des instruments bizarres et (presque) inusités et Mickaël Paquier, l’Apollinaire de la percu, font vibrer l’espace à ciel ouvert jouant de l’écho de la falaise comme d’un instrumentiste supplémentaire (celle-là au moins, elle râle pas quand on ne la paye pas!).

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Une Festiréussite ?

Et si le public se fait plus discret – une centaine d’entrée -, ce sont surtout des échanges que s’est enrichi FestiFaï, permis notamment par l’organisation pour la première fois cette année d’ateliers et de stage, ainsi que d’un fonctionnement participatif global : point de tour d’ivoire dans ce petit lieu perché à 1000m d’altitude, tout le monde y fait sa vaisselle. Ainsi ne consomme-t-on ici que la bière et le jus de poire : culture revenue à son état naturel pour quelques jours, l’art s’y nourrit de rencontres. On y croise Didier Odieu discutant avec un volontaire long-terme, certains des plasticiens jouant de la musique avec des bénévoles,…Je rencontre quant à moi un spectateur venu des Amériques pour découvrir la France, qui m’explique que : « dans le Michigan, les fermes ne ressemblent pas vraiment à celle-ci». On veut bien le croire…Seuls les techniciens ne sont pas encore revenus de leur rangement, mais on cause déjà d’eux dans leur dos : « Le son et la scène étaient vraiment bien foutu » (Sertunç, plasticien).

Olivier l'Hôte se marrant, en spectateur

Olivier l’Hôte en spectateur, l’eau bleue-tungstène pour décor

Alors au diable le chiffre d’entrée, on envoie tout valser  – « alors on danse » comme chante Didier Odieu pendant que le public débarque sur la scène (sur des paroles d’un collègue belge que vous aurait surement reconnu)…mais en toute conscience : on sait bien que la rencontre ne naît pas seulement d’amour et d’eau fraîche…

Ephèmère le Land Art?

In Land Art on July 31, 2013 at 8:53 am

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je n’aurais jamais pensé que ma sculpture traverse les âges! j’aurais tant aimé venir cette année pour admirer les œuvres que l’on découvre ici et la en arpentant la contrée habitée par le chant des musiciens en osmose avec leur instruments et la nature! Je vois que Jérôme continue le land art avec tant de cœur! Je pense revenir l’année prochaine! haha ça me fait plaisir de voir combien le chaudron déborde encore d’idées! vous m’avez fait sourire. Merci!

Idriss

Idriss B. à mi-chemin entre l’art et école de kiné, a participé avec d’autres volontaires internationaux pendant le FestiFaï 2012 à la création de statues de torchis guidée par Jérôme Piguet, et installées le long du chemin menant au Faï. Certaines ont été balayées par les pluies abondantes de ce printemps, d’autres ont résisté…