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« Faire tout avec rien » pour que la beauté ne fasse pas faillite

In Concerts on July 31, 2013 at 11:38 pm
"La chorale du Buëch" par Didier Odieu

“La chorale du Buëch” par Didier Odieu: bel ensemble!

Non, « faire ensemble par-delà les cultures » n’appartient pas à une quelconque utopie. Malgré la perte des ¾ de ses subventions, FestiFaï, festival de chanson hors-format et d’art en pleine nature- est parvenu même cette année à faire jaillir de rien le tout, à saisir la beauté d’un instant, à faire jaillir des bulles de son bouillonnement. Dépourvu de sa résidence de création, «l’âme du festival » qui offrait toutes les conditions nécessaires à la réinvention, au renouveau, autrement dit à la création ; FestiFaï s’est pourtant trouvé d’autres voix, celles de la « passion et la solidarité », celle d’une « céleste bidouille qui fait pétiller l’œil de l’enfant ».

« Faire ensemble », c’est p…as si simple !

 C’est sur ces mots prononcés par François Pecqueur, qu’a débutée la soirée de clôture de l’édition 2013 du festival, ce samedi 27 dernier au sein du Théâtre de verdure du Faï gradins de pierre et d’herbe, étoiles jouant avec les projecteurs, eau bleue pour seule scénographie de ce co-plateau. Et un challenge : « Je n’ai jamais joué dans de telles conditions, converse Olivier l’Hôte en anglais avec l’un des jeunes volontaires du lieu, dans cette contrainte de temps, sans mes musiciens…les musiciens ont dû répéter 25 chansons que pour la plupart ils ne connaissent pas ». En dix heures de temps, catapultés dans un lieu quelque peu détonnant (La Ferme du Faï, lieu d’accueil de chantiers internationaux), les artistes ont dû composer une scénographie ensemble constituée d’un choix de textes de chacun des chanteurs, exercice qui semble demander  plus que des qualités de musicien : « il fallait un « dictateur », quelqu’un qui puisse prendre des décisions rapidement”, commente Jonathan Mathis, arrivé le samedi midi banjolélé sous la main et lunettes de soleil sur le nez (jusque-là rien de plus normal !), tout à fait détendu mais efficace !

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Didier Odieu, Olivier l’Hôte, Philippe Séranne, Vanina Michel

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Jonathan Mathis, Philippe Séranne et Olivier l’Hôte

Jonathan Mathis et Mickaël Paquier

Jonathan Mathis et Mickaël Paquier

« It’s all about the text »

Le ton oscille sur le thème de la (festi)faillite, ce qui n’empêche la rage de rire, de sourire, d’envoyer tout valser sauf rêve et élan: « j’ai envie de danser aussi » s’écrie ma jeune voisine lorsqu’une sirène – Monica Cofiño, danseuse espagnole – entre dans l’eau bleutée accordée à la voix d’Olivier l’Hôte. Le vent feuillette les partitions.  Pascal Mathieu, nous susurre des poèmes d’amour saignants à souhait, tout crus et croustillants. Didier Odieu, beaucoup plus digeste et non moins savoureux avec un Philippe Séranne très engagé orchestrent tour à tour le show. Vanina Michel, enfin, « déclare l’état de bonheur permanent ». Les textes retentissent : « je ne sais pas si c’est le cas pour toute la chanson française, mais ici, au FestiFaï, c’est au niveau du texte que tout se joue » perçoit Sniedze, venue de Lettonie pour la résidence Land Art du festival. Mais on ne laisse pas l’histoire sans rythme : Jonathan Mathis, dionysos des instruments bizarres et (presque) inusités et Mickaël Paquier, l’Apollinaire de la percu, font vibrer l’espace à ciel ouvert jouant de l’écho de la falaise comme d’un instrumentiste supplémentaire (celle-là au moins, elle râle pas quand on ne la paye pas!).

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Une Festiréussite ?

Et si le public se fait plus discret – une centaine d’entrée -, ce sont surtout des échanges que s’est enrichi FestiFaï, permis notamment par l’organisation pour la première fois cette année d’ateliers et de stage, ainsi que d’un fonctionnement participatif global : point de tour d’ivoire dans ce petit lieu perché à 1000m d’altitude, tout le monde y fait sa vaisselle. Ainsi ne consomme-t-on ici que la bière et le jus de poire : culture revenue à son état naturel pour quelques jours, l’art s’y nourrit de rencontres. On y croise Didier Odieu discutant avec un volontaire long-terme, certains des plasticiens jouant de la musique avec des bénévoles,…Je rencontre quant à moi un spectateur venu des Amériques pour découvrir la France, qui m’explique que : « dans le Michigan, les fermes ne ressemblent pas vraiment à celle-ci». On veut bien le croire…Seuls les techniciens ne sont pas encore revenus de leur rangement, mais on cause déjà d’eux dans leur dos : « Le son et la scène étaient vraiment bien foutu » (Sertunç, plasticien).

Olivier l'Hôte se marrant, en spectateur

Olivier l’Hôte en spectateur, l’eau bleue-tungstène pour décor

Alors au diable le chiffre d’entrée, on envoie tout valser  – « alors on danse » comme chante Didier Odieu pendant que le public débarque sur la scène (sur des paroles d’un collègue belge que vous aurait surement reconnu)…mais en toute conscience : on sait bien que la rencontre ne naît pas seulement d’amour et d’eau fraîche…

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Edition spéciale: un cannibale sévit dans les Hautes-Alpes

In Concerts on July 26, 2013 at 1:33 am
Ca balance: 1, 2, 3 violette à bicyclette pouet pouet...excellent!

Ca balance: 1, 2, 3 violette à bicyclette pouet pouet…excellent!

Les concerts défilent et ne se ressemblent pas : on n’aurait pu trouver plus grand contraste que Didier Odieu après une soirée pleine d’élan menée par Jean-Luc Schwartz, lumineux, lors de l’inauguration… Odieu, « chanteur dépressif et sinistre » collaborant de son plein gré à « une morosité générale savamment entretenue par nos autorités» tel qu’il se plaisante, nous entraîne dans un tout autre registre chansonnier. L’ancien rock-punkeur écartèle en effet, démembre, coupe dans la masse à la tronçonneuse de sa voix de garage raclant toute l’ignominie de l’humain lambda qu’il nous présente sans cloche sur un plateau, du show-business, société de consommation et de compétition à nos amours, tout y passe et ce n’est pas sans douleur! La chanson française elle-même passe à la moulinette du grand méchant Didier pour qui celle-ci s’enracine à l’origine dans une joyeuse tradition du sordide, quand elle n’est pas tout simplement carrément absurde (écouter Michel Delpèch ou tout autre chanteur de variété pour s’en convaincre)…

« Fouill[ant] la beauté des poubelles », ordures qui composent selon lui une bonne partie du chaos de notre monde actuel – émeutes à la consommation aux States, bébés congelés ou autres chiens humanivores, des faits divers qu’il me détaille un à un en pleine digestion –, Didier ne chante pas vraiment, je dirais plutôt qu’il contraste, accolant dans son Minimix de la chanson française « Que je t’aime » à « c’est la danse des canards », déblatérant des paroles ignobles sur une mélodie des plus harmonieuses, inachevant ses chansons façon disque rayé.

Mais il faut croire que la soupe qui passe dans nos oreilles et nos mirettes via nos charmants medias nous a quelque peu ramollit les viscères car finalement ce n’est pas si loin d’une bonne petite épopée : « Roland sent bien que sa mort est proche:/ sa cervelle sort par les oreilles. » fredonne-t-on dans La Chanson de Roland

« Gainsbourg industriel, Chamfort traumatisé ou Brel destroy ? Didier Odieu est surtout Odieu «  l’avions-nous décrit…erreur fatale : Didier Odieu est tout ça à la fois jusqu’à ne plus en savoir qui il est lui-même, la preuve:

« tout ma vie j’ai rêvé d’être une hôtesse de l’air »

L’Odieu personnage – oui, il personnage et pas qu’un seul, ç’en est presque effrayant de voir débarquer sur scène sous la même apparence tant de monde, « un mec au piano tout seul pendant une heure, c’est chiant » confesse le coupable. Un Dr Jekyll et Mr Hyde tentaculaire !

Alors certes, les uns trouvent ça indigeste quand d‘autres se délectent, mais on ne niera pas que cela est pour le moins consistant !

A tous bon appétit. Amen (et n’oubliez pas votre prière avant le repas)…